Un silence de plomb règne sur la chefferie de Bwito, dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. La nouvelle, glaçante, s’est répandue au petit matin : Claude Mungumwa, chef de groupement intérimaire de Kanyabayonga, et son épouse ont été exécutés à leur domicile. L’attaque, survenue dans la nuit du mercredi 22 au jeudi 23 janvier, porte toutes les marques d’un assassinat ciblé et prémédité, plongeant une communauté entière dans l’effroi et l’interrogation.
Selon des sources locales, les événements se sont déroulés aux alentours de 23 heures. Des hommes armés, dont l’identité reste à ce jour inconnue, ont pénétré dans la résidence du notable. Les deux victimes ont été abattues de sang-froid, sans aucune possibilité de se défendre. Les assaillants se sont ensuite évanouis dans l’obscurité, laissant derrière eux une scène de crime macabre et de profond désarroi.
Un détail interpelle les observateurs et renforce la thèse d’une exécution délibérée : rien n’a été volé. L’absence totale de pillage écarte, dans les premières analyses, la piste d’un simple acte de banditisme ou de criminalité commune. Cette précision est lourde de sens dans une région où l’insécurité prend souvent des formes multiples. Elle pointe vers une motivation politique ou stratégique, visant spécifiquement une figure d’autorité locale.
La localité de Kanyabayonga, située dans une zone en proie à des tensions permanentes et sous l’influence de groupes armés, dont la rébellion du M23, est le théâtre récurrent de violences. Cette double exécution vient cruellement rappeler la vulnérabilité extrême des civils et des chefs coutumiers dans le Nord-Kivu. Ces autorités locales, souvent prises en étau entre différentes factions, paient parfois de leur vie leur refus de collaboration ou leur simple présence symbolique.
Claude Mungumwa assurait l’intérim à la tête du groupement, une fonction qui le plaçait au cœur de la vie communautaire et des rapports de force locaux. Son assassinat, ainsi que celui de son épouse, constitue un acte d’une rare brutalité, destiné à semer la terreur et à déstabiliser les structures traditionnelles de gouvernance. Dans un contexte de conflit larvé, l’élimination d’un chef coutumier représente un message clair adressé à la population.
Mais qui se cache derrière ce crime ? Aucune revendication n’a été formulée dans les heures suivant le drame. Les forces de sécurité présentes dans la zone n’ont, pour l’instant, procédé à aucune interpellation publique. Le mutisme des autorités et l’opacité qui entoure l’enquête nourrissent les rumeurs et l’inquiétude. Les habitants de Kanyabayonga et des environs vivent désormais avec la crainte d’une répétition d’un tel acte. Ce double meurtre illustre-t-il une nouvelle escalade de la violence ciblée dans le Rutshuru ?
L’insécurité chronique dans cette partie de la République Démocratique du Congo paralyse le développement et anéantit tout sentiment de sécurité juridique et physique. Les autorités coutumières, garantes de la cohésion sociale, sont devenues des cibles de choix. Leur protection doit-elle être renforcée de manière urgente ? Cette question se pose avec acuité après chaque tragédie, sans trouver de réponse concrète et durable sur le terrain.
Le bilan est tragiquement simple : deux vies emportées, une famille détruite, une communauté traumatisée. L’assassinat du chef coutumier de Kanyabayonga et de son épouse s’ajoute à la longue liste des violences impunies qui ensanglantent le Nord-Kivu. Il rappelle, si besoin était, que la paix et la stabilité dans cette région riche en ressources mais pauvre en sécurité restent un objectif lointain. En attendant, la population est condamnée à vivre sous la menace permanente d’une nouvelle explosion de violence, où même les symboles de l’autorité traditionnelle ne sont plus épargnés. La suite de l’enquête, si elle a lieu, dira si les responsables de cet acte odieux seront un jour identifiés et traduits en justice. Pour l’heure, Kanyabayonga pleure ses morts dans un silence chargé de peur et de colère.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
