Dans un mouvement radical visant à assainir les finances publiques, la province de la Tshopo a procédé, ce 21 janvier, à la dissolution de la Direction générale des recettes de la province de la Tshopo (DGRPT). Cette décision, prise par arrêté provincial, sonne le glas d’une structure décrite comme pléthorique et inefficace, dont l’incapacité à mobiliser les ressources a creusé un déficit abyssal. En lieu et place, deux régies autonomes spécialisées sont créées avec pour mission impérative de redynamiser le recouvrement des recettes provinciales en RDC.
Le constat dressé par les autorités est sans appel. Entre avril 2025 et janvier 2026, ce sont plus de 11 milliards de Francs Congolais, équivalant à une perte de plus de 4,8 millions de dollars US, qui se sont « volatilisés » selon le diagnostic officiel. Une telle saignée financière, dans une entité comptant pourtant plus de 1 800 agents, illustre un dysfonctionnement systémique. Comment une administration aussi étoffée a-t-elle pu échouer à répondre aux besoins de financement du développement local ? Cette question centrale a précipité la réforme fiscale de la Tshopo, transformant une gestion jugée opaque en une architecture à double pilier.
Pour tourner cette page peu glorieuse, le gouvernement provincial mise sur la spécialisation et l’autonomie. Deux nouvelles entités émergent des cendres de l’ancien système : la Direction générale des impôts provinciaux de la Tshopo (DGIPT), confiée à André Bombombo, et la Direction générale des recettes non-fiscales (DGRNF), placée sous la houlette de Jacques Lomalisa. Leur création n’est pas un simple changement d’appellation. Elle incarne une refonte profonde du modèle de gouvernance, avec des régies dotées d’une autonomie administrative et financière censée favoriser l’efficacité, la redevabilité et in fine, une meilleure captation des ressources internes.
Cette transition ne se fera cependant pas sans heurts. La dissolution de la DGRPT Tshopo ne deviendra effective qu’après l’installation complète des nouvelles directions, ouvrant une période d’incertitude pour le personnel en place. Le gouvernement provincial a été on ne peut plus clair : les près de 1 800 anciens employés ne bénéficieront d’aucune reconduction automatique. Ils devront tous se soumettre à un test de compétence, un filtre dont l’objectif est de rebâtir une administration sur le critère du mérite et des compétences techniques. Seuls ceux qui réussiront ces épreuves seront intégrés aux nouvelles structures, une mesure qui vise à rompre définitivement avec les pratiques de clientélisme et de surfacturation souvent dénoncées.
Cette ambitieuse restructuration place la barre très haut pour les nouveaux dirigeants, André Bombombo à la DGIPT et Jacques Lomalisa à la DGRNF. Leur mandat sera jugé à l’aune d’un seul indicateur : la capacité à inverser la courbe des recettes provinciales. Le défi est de taille dans une économie locale marquée par l’informel et une certaine défiance envers l’impôt. Leur réussite ou leur échec conditionnera non seulement le financement des projets de développement dans la Tshopo, mais servira également de test pour d’éventuelles réformes similaires dans d’autres provinces de la République Démocratique du Congo.
À plus long terme, cette refonte pose une question fondamentale : une simple réorganisation administrative suffira-t-elle à assainir durablement les finances de la Tshopo, ou faut-il y voir le premier acte d’un changement plus profond de culture fiscale ? La réponse se mesurera concrètement dans les caisses de la province dans les mois à venir. Si cette réforme aboutit, elle pourrait redéfinir le pacte entre l’administration et les contribuables, transformant la perception de l’impôt d’une contrainte arbitraire en un levier tangible de développement local. L’avenir économique de la Tshopo en dépend largement.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
