La province du Haut-Lomami est plongée dans une cacophonie politique aux allures de farce institutionnelle, où la simple question de savoir qui gouverne devient un véritable casse-tête. Entre un gouverneur en consultation prolongée à Kinshasa, un vice-gouverneur en attente à Kamina et un ministre intérimaire qui refuse de céder le fauteuil, la gouvernance de cette entité tangue au bord de l’absurde. Cette crise politique localisée illustre avec acuité les dérives possibles d’un système où les procédures sont sacrifiées sur l’autel des calculs personnels et des luttes d’influence.
À l’origine de cette confusion, une décision du gouverneur Banza Mulume continue de faire des vagues. Parti à Kinshasa « pour consultation » auprès de sa hiérarchie, Marmont Banza Mulume a choisi de confier l’intérim non pas à son vice-gouverneur, pourtant présent sur place, mais au ministre provincial des Infrastructures. Un geste qui, loin d’être anodin, a immédiatement instillé un poison dans les relations au sein de l’exécutif provincial. Le ministre, se sentant légitimé par ce mandat direct, campe sur ses positions et oppose un refus catégorique à toute velléité du vice-gouverneur de reprendre la main, maintenant ainsi la province dans un état de paralysie décisionnelle.
Pendant ce temps, depuis la capitale, le gouverneur absent continuerait, selon plusieurs sources concordantes à Kamina, d’exercer un certain contrôle, prenant des décisions et ordonnant même des paiements « à l’insu du vice-gouverneur ». Cette gouvernance fantôme, où les ordres viennent de mille kilomètres de distance, ajoute une couche de complexité à une situation déjà inextricable. Qui, in fine, pilote la province ? Le titulaire invisible, son remplaçant autoproclamé ou l’adjoint évincé ? Cette tripartition du pouvoir exécutif crée un conflit de gouvernance préjudiciable à l’administration quotidienne et au service rendu aux populations.
Le tableau s’assombrit encore avec la fronde parlementaire. L’assemblée provinciale du Haut-Lomami, par un coup de force institutionnel, a considéré le gouvernement provincial comme démissionnaire suite au rejet du projet d’édit budgétaire pour l’exercice 2026 lors de la plénière du 11 décembre dernier. Une motion que l’exécutif, dans sa version… incertaine, rejette avec la dernière énergie. Cette double crise – de légitimité à la tête de l’exécutif et de défiance avec le législatif – plonge Kamina dans une impasse stratégique totale. L’immobilisme guette, alors que les défis de développement de la province demandent une direction claire et unie.
La société civile locale, exaspérée, monte au créneau. Fiston Nyembo, secrétaire exécutif de l’Union sacrée du Haut-Lomami, résume d’une formule cinglante cette pagaille : « C’est une cacophonie ! ». Il dénonce un « bras de fer » stérile entre le ministre intérimaire et le vice-gouverneur, et pointe du doigt les manœuvres opaques, allant jusqu’à évoquer le blocage du sceau du gouvernorat par le cabinet du gouverneur. Son appel est sans équivoque : il enjoint le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, à intervenir pour « décourager de tels actes » et rétablir un ordre constitutionnel minimal.
Cette affaire dépasse le simple fait divers provincial. Elle pose une question fondamentale sur la résilience des institutions locales face aux ambitions individuelles. Le jeu du gouverneur Banza Mulume est particulièrement périlleux : en maintenant volontairement un flou sur la délégation de pouvoir, il cherche peut-être à conserver un contrôle à distance tout en testant les loyalistes. Cependant, cette stratégie du chaos calculé comporte un risque énorme : elle sape durablement l’autorité de l’État dans la province et pourrait, in fine, se retourner contre son instigateur si la hiérarchie nationale décidait de trancher en faveur d’une ligne claire.
L’enjeu immédiat repose donc sur les épaules du ministère de l’Intérieur. Jacquemain Shabani sera-t-il le deus ex machina qui viendra clarifier les règles de l’intérim et apaiser les tensions ? Son intervention est attendue comme un acte de salubrité publique, capable de mettre un terme à cette cacophonie politique contreproductive. Dans le cas contraire, le Haut-Lomami risque de s’enliser durablement dans une crise de gouvernance dont les conséquences, sociales et économiques, seront payées par ses habitants. La balle est désormais dans le camp des autorités nationales, qui doivent choisir entre laisser pourrir une situation locale ou affirmer le primat de la loi et de la continuité de l’État.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
