Le soleil tape fort sur les rues poussiéreuses de Mwene-Ditu. Dans ce tableau quotidien, une scène se répète inlassablement : des femmes, des enfants, parfois des hommes, avancent péniblement, courbés sous le poids de bidons jaunes et bleus. Angélique Kabedi, le visage ruisselant de sueur, s’arrête un instant pour reprendre son souffle. « Nous parcourons chaque jour plusieurs kilomètres pour cette eau brute, souvent boueuse. Ce que nous ramenons ne suffit même pas pour boire, cuisiner et laver. C’est un calvaire », lâche-t-elle, épuisée. Comme elle, des milliers d’habitants de cette ville de la Lomami sont plongés dans une crise silencieuse mais profonde : l’absence totale d’eau courante depuis près d’un mois. Une pénurie d’eau à Mwene-Ditu qui interroge sur la résilience des infrastructures et expose une population entière à de graves dangers.
À l’origine de cette situation intenable, un paradoxe : les travaux de modernisation de la route Nationale n°1, symbole de développement, ont involontairement asphyxié la ville. Les engins de chantier ont provoqué un ensablement massif du bassin de captage de la rivière Musadi, la source vitale qui alimente les usines de la REGIDESO Lomami. Didier Mbudi Lelo, le directeur régional de la régie des eaux, le reconnaît : le principal point d’alimentation est obstrué. La conséquence est simple et brutale : plus une goutte ne sort des robinets. Comment une ville peut-elle ainsi se retrouver à la merci d’un chantier routier ? Cette dépendance à une source unique illustre-t-elle une vulnérabilité systémique dans la gestion de l’eau potable en RDC ?
Face à la colère sourde qui gronde, la REGIDESO tente d’apporter des réponses. L’entreprise assure avoir engagé des opérations d’urgence en collaboration avec la société des travaux routiers. Il s’agit de curer le sable, nettoyer le bassin de la rivière Musadi ensablée et tenter de rétablir progressivement la pression dans le réseau. Des promesses de résolution « dans les plus brefs délais » sont lancées, appelant la population au calme. Mais sur le terrain, le temps est compté. Chaque jour sans eau courante aggrave un peu plus la crise sanitaire à Mwene-Ditu. Les sources alternatives vers lesquelles se ruent les habitants ne sont pas aménagées et leur eau n’est pas traitée.
Le risque de maladies hydriques – choléra, typhoïde, diarrhées aiguës – plane comme une épée de Damoclès sur les familles. Les femmes et les jeunes filles, traditionnellement assignées à la corvée d’eau, voient leur sécurité et leur intégrité physique menacées sur ces longs trajets. L’économie domestique est également perturbée, le temps et l’énergie consacrés à cette quête de l’eau manquant pour d’autres activités. Cette crise dépasse donc la simple panne technique ; elle révèle une fracture sociale et sanitaire criante. Elle pose une question fondamentale : jusqu’à quand les citoyens d’une ville comme Mwene-Ditu devront-ils payer le prix de l’inadéquation des infrastructures et de la planification des grands travaux ?
La pénurie d’eau à Mwene-Ditu est un avertissement sérieux. Elle démontre avec force que l’accès à l’eau potable en RDC reste un privilège fragile, trop souvent suspendu à des équilibres précaires. Au-delà des opérations de dépannage menées par la REGIDESO Lomami, cette situation appelle à une réflexion plus large sur la diversification des sources d’approvisionnement et la sécurisation des ouvrages de captage. La population, elle, continue sa marche épuisante vers les sources, espérant que le flot reviendra bientôt au robinet, et avec lui, un peu de normalité et de dignité. L’ensablement de la rivière Musadi a bloqué l’eau, mais il a aussi mis à nu les failles d’un système. Le temps est venu de les combler, pour de bon.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
