La province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, reste un terrain extrêmement dangereux pour les acteurs de la société civile. En 2025, six défenseurs des droits humains y ont été froidement abattus. Quarante-trois autres ont subi des attaques violentes ou des menaces de mort explicites. Ces chiffres, dévoilés mardi 20 janvier à Bunia par le Réseau de protection des défenseurs des droits de l’homme, dressent un bilan alarmant pour une région ravagée par des conflits armés chroniques.
La rencontre organisée dans le chef-lieu provincial a servi de cri d’alarme. Meda Mpiana, membre du réseau, a pointé la dangerosité absolue du travail de monitoring dans ce contexte. « Cette situation est alarmante et met en danger la vie de ceux qui sont censés être les porte-voix des sans-voix », a-t-elle déclaré. Une réalité sombre qui illustre les risques encourus par ceux qui osent dénoncer les abus contre les civils.
Mais pourquoi les défenseurs des droits humains en RDC sont-ils systématiquement pris pour cibles ? Leur simple existence dérange. Leur travail de documentation des exactions, au cœur des zones de conflits armés en Ituri, en fait des ennemis pour les groupes armés et parfois pour certaines autorités. Les menaces contre les acteurs de la société civile ne sont pas de simples intimidations ; elles se concrétisent trop souvent par des violences mortelles.
Face à cette hécatombe, les participants à la rencontre de Bunia ont appelé à une rupture. La logique de la confrontation pure doit laisser place à une collaboration stratégique avec les services de sécurité et l’administration. Comment, en effet, espérer une protection efficace sans un dialogue constructif avec les forces de l’ordre ? La création d’espaces permanents de dialogue interactif est désormais présentée comme une priorité.
Marc Djeta, l’un des intervenants, a souligné un levier essentiel : la connaissance du droit. « L’objectif est de vulgariser les instruments juridiques qui protègent spécifiquement les défenseurs des droits humains. Si les autorités connaissent mieux nos droits et nos devoirs, le climat de confiance pourra s’installer », a-t-il expliqué. Cette vulgarisation est perçue comme la pierre angulaire d’une relation apaisée et d’une protection renforcée.
Un programme ambitieux de renforcement des capacités et de protection, bénéficiant du soutien financier de l’Union européenne, tente actuellement d’apporter des réponses. Déployé dans les 26 provinces de la RDC, il vise une réduction drastique des menaces pesant sur la société civile. Son but ultime : instaurer une culture de respect mutuel entre les activistes et l’État. Un défi colossal dans un pays où l’impunité reste souvent la norme.
Pour l’Ituri, épicentre de violences multiformes, le monitoring des droits humains relève du parcours du combattant. Les défenseurs opèrent dans un climat de peur permanente, où chaque déplacement peut être le dernier. Le Réseau de protection insiste sur l’urgence d’une action concertée. Sans une mobilisation rapide et tangible des autorités congolaises et de la communauté internationale, la société civile risque de se retrouver définitivement muselée.
Le bilan de l’année 2025, avec ses six vies fauchées, sonne comme un avertissement sans équivoque. La protection des défenseurs des droits n’est pas une question accessoire ; elle est vitale pour la démocratie et l’état de droit en RDC. Les conflits armés en Ituri ne doivent pas servir de prétexte à l’inaction. Chaque attaque reportée, chaque menace proférée, mine un peu plus les fondations d’une paix fragile. L’heure est à la responsabilité et à la protection effective de ceux qui luttent pour les droits de tous.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
