Lors de la 56e réunion annuelle du Forum économique mondial de Davos, l’entretien entre le Roi Philippe de Belgique et le Président congolais Félix Tshisekedi a transcendé la simple courtoisie diplomatique pour se muer en une mise en lumière pressante des défis congolais. Dans les couloirs feutrés de la station suisse, les deux dirigeants ont évoqué, ce mardi, les dossiers épineux de la sécurité dans l’Est de la RDC et de la crise politique interne. Cette rencontre bilatérale, loin d’être anodine, a servi de caisse de résonance à la position de Bruxelles, qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot, a réaffirmé avec force son soutien à un dialogue national inclusif – une feuille de route largement réclamée par l’opposition et la société civile congolaise.
La déclaration de Maxime Prévot sur la plateforme X est venue cristalliser l’enjeu. La Belgique, « partenaire stratégique », a une nouvelle fois encouragé le chef de l’État congolais sur la nécessité d’organiser ce dialogue. Bruxelles réitère son engagement pour une solution pacifique à l’Est et le respect de l’intégrité territoriale de la RDC, promettant de mobiliser les pays européens sur « la situation humanitaire dramatique » vécue par les populations sous l’emprise du M23. Ce positionnement place Félix Tshisekedi dans une posture délicate : comment concilier les injonctions d’un partenaire historique avec les réalités politiques fracturées de l’intérieur ? Le président joue gros avec cette injonction au dialogue, dont l’échec ou la manipulation pourrait durablement entamer sa crédibilité tant sur la scène internationale que nationale.
Car le schéma du dialogue national se dessine dans un environnement politique particulièrement chargé. Alors que la communauté internationale, emmenée par la Belgique, pousse en ce sens, les acteurs internes posent leurs conditions. La plateforme Sauvons la RDC, orbite politique de l’ancien président Joseph Kabila, a été consultée à deux reprises par le médiateur angolais João Lourenço. Le camp Kabila a émis une exigence de taille : vider préalablement le processus de Doha avec les rebelles du M23, pour que le dialogue inclusif puisse se concentrer sur le rétablissement de la paix dans l’Est. Cette requête, à la fois stratégique et politique, ressemble-t-elle à une manœuvre pour recentrer le débat sur un front sécuritaire où le gouvernement est en difficulté, ou à une condition sincère pour un dialogue apaisé ?
Dans le même temps, les Évêques de la CENCO et les pasteurs de l’ECC, architectes initiaux d’une initiative de dialogue politique, ont également été reçus par le Président Lourenço. Cette consultation rappelle que l’Église reste un acteur incontournable dans la recherche d’une sortie de crise. Plusieurs sources concordantes indiquent par ailleurs que des figures de l’opposition ont échangé avec le président en exercice de l’Union africaine, insistant sur la tenue de cet événement tant réclamé. La multiplication des consultations et des acteurs dessine les contours d’un dialogue complexe, où chaque faction tente de définir l’agenda et les prérequis à son avantage.
Face à cette mosaïque d’exigences, la marge de manœuvre de Félix Tshisekedi apparaît singulièrement réduite. D’un côté, le partenaire belge et, par extension, la communauté européenne, attendent des gestes concrets vers l’inclusivité. De l’autre, des forces politiques influentes, comme le camp Kabila, conditionnent leur participation à des avancées préalables sur le dossier sécuritaire de l’Est. Le président congolais peut-il véritablement orchestrer un dialogue crédible et inclusif sans désamorcer au préalable la bombe politique que représente l’implication de toutes les parties prenantes ? La rencontre avec le Roi de Belgique à Davos a peut-être offert une vitrine internationale, mais elle a surtout accentué la pression sur Kinshasa pour qu’il passe des paroles aux actes.
Les prochains enjeux sont dès lors clairs. Il s’agira pour le pouvoir en place de transformer l’encouragement diplomatique en une feuille de route opérationnelle acceptable par tous, sans pour autant céder à des chantages politiques qui videraient le dialogue de sa substance. La question de la sécurité dans l’Est reste l’épine dorsale du dossier : peut-on envisager un dialogue national pérenne tandis que les provinces du Kivu sont en proie à la violence ? La réponse à cette interrogation rhétorique déterminera non seulement la crédibilité du processus, mais aussi la capacité du gouvernement à rétablir une souveraineté effective sur l’ensemble du territoire. La balle est désormais dans le camp de Félix Tshisekedi, qui doit naviguer entre attentes internationales, pressions internes et impératifs de stabilité, un exercice d’équilibre dont l’issue reste plus incertaine que jamais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
