La Direction générale des douanes et accises (DGDA) clôture l’exercice 2025 sur une performance inédite, largement portée par une recette pétrolière en explosion. Les chiffres communiqués par le ministère des Finances sont sans équivoque : les recettes pétrolières mobilisées en 2025 ont atteint le montant record de 423,6 milliards de francs congolais. Cette somme faramineuse représente une augmentation vertigineuse, directement attribuable à la république fiscale pétrolière mise en œuvre par le gouvernement. Mais comment une simple réforme a-t-elle pu générer un tel raz-de-marée financier ? L’analyse des mécanismes mis en place révèle une stratégie ciblée de rationalisation des dépenses et de renforcement du contrôle.
Pour comprendre l’ampleur du choc, il faut revenir au point de départ. La dépense fiscale pétrolière, c’est-à-dire le manque à gagner pour l’État dû aux exonérations et subventions, représentait un gouffre abyssal pour les finances publiques RDC. Elle s’élevait à 1,6 milliard de dollars en 2022 et encore à 1,1 milliard en 2023, absorbant en moyenne 15% des recettes courantes de l’État. Une telle ponction sur le budget national, dans un contexte de besoins criants en infrastructure et services sociaux, n’était plus tenable. Le gouvernement a donc décidé de serrer la vis, lançant en 2024 une réforme drastique formalisée dans la loi de finances 2025 et par un arrêté interministériel en mai 2025.
Le cœur de cette réforme fiscale pétrolière RDC a consisté à mettre fin à un privilège coûteux : la subvention sur les carburants terrestres et d’aviation bénéficiant aux sociétés minières et à leurs sous-traitants. Désormais, ce secteur pourtant lucratif paie ses carburants au prix réel, sans aide de l’État. Cette mesure, combinée à la suspension des exonérations à l’importation des produits pétroliers et à un coup d’arrêt donné aux paiements échelonnés, a radicalement modifié la donne. L’effet a été quasi immédiat et spectaculaire à partir de sa mise en œuvre effective fin juillet 2025.
Les statistiques de la DGDA recettes parlent d’elles-mêmes. La moyenne mensuelle des recettes pétrolières est passée de 4,43 milliards de francs congolais sur la période janvier-juillet 2025 à un flux mensuel de 78,5 milliards entre août et décembre. Cette multiplication par plus de 17, soit une hausse de plus de 1 700%, illustre l’efficacité du nouveau cadre légal. Cette manne financière nouvelle n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un dispositif complet incluant un renforcement agressif des opérations de contrôle et de la lutte contre la fraude et la contrebande pétrolières. L’État a ainsi réussi à colmater d’importantes fuites de revenus.
L’impact sur les finances publiques RDC est considérable. Cette explosion des recettes pétrolières 2025 a été un moteur déterminant pour la performance globale de la DGDA. L’institution a mobilisé un total de 6 848 milliards de francs congolais à fin décembre 2025, surpassant de 9% les prévisions du plan de trésorerie de l’État qui tablaient sur 6 280 milliards. Un taux de réalisation de 109% qui permet d’aborder 2026 avec une marge de manœuvre budgétaire renforcée. Cette réussite pose cependant une question essentielle : cette progression exceptionnelle est-elle durable ou s’agit-il d’un « one-shot » lié à la fin de subventions historiques ?
Les perspectives sont mitigées. Si le niveau record atteint en fin d’année 2025 pourrait se stabiliser, la croissance future devra provenir d’autres leviers, comme une optimisation continue de la chaîne logistique et une lutte encore plus efficace contre la contrebande transfrontalière. La forte dépendance des recettes pétrolières vis-à-vis de la consommation du secteur minier expose aussi cette ressource aux fluctuations des cours mondiaux des minerais. Néanmoins, la réforme fiscale pétrolière a démontré qu’une volonté politique ferme, couplée à des mesures techniques précises, pouvait transformer un poste de dépense en une source de revenus majeure. Cette leçon de gouvernance fiscale pourrait bien inspirer d’autres secteurs de l’économie congolaise où l’évasion et les exonérations grèvent encore les caisses de l’État. L’enjeu est désormais de pérenniser ces gains et d’assurer que ces nouvelles ressources soient effectivement canalisées vers les investissements structurants dont le pays a besoin pour son développement.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
