La Haute Cour militaire a examiné, ce mardi 20 janvier 2026, les réponses du lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la Troisième Zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Face à des accusations gravissimes de trahison et d’intelligences avec une force étrangère, en l’occurrence le Rwanda, l’officier supérieur a catégoriquement rejeté l’ensemble des charges pesant contre lui, près de trois ans après son arrestation en septembre 2022. Cet épisode judiciaire, suivi avec attention, marque une nouvelle étape dans un procès militaire aux ramifications politiques sensibles.
L’auditeur général soutient que le prévenu aurait entretenu des contacts avec l’entourage de l’ancien ministre rwandais de la Défense, James Kabarebe, et incité des militaires à des actes contraires au devoir. Des accusations qui, si elles étaient établies, constitueraient une faute des plus graves au sein de l’institution militaire congolaise. La défense du général Yav Irung s’est articulée autour d’un déni ferme et d’une contestation pointilleuse des preuves avancées par le ministère public.
Interrogé spécifiquement sur un message litigieux qui lui serait attribué, l’ancien commandant de la zone couvrant le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo a livré sa version des faits. Il a reconnu avoir reçu, lors d’une réunion opérationnelle, un SMS d’un numéro inconnu évoquant une coopération avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) pour déstabiliser Kigali. Selon ses déclarations sous serment, c’est le général-major Peter Cirimwami Nkuba, alors commandant du secteur Sokola II, qui lui en aurait parlé le premier, qualifiant l’affaire de « guerre psychologique ». Le général Yav affirme n’avoir pris connaissance du contenu exact du message incriminé par l’accusation qu’en audience, niant formellement avoir jamais eu de communication évoquant un plan avec des officiels rwandais.
« Moi, je dis que c’est quelque chose que j’ai entendu pour la première fois. (…) Le message que le ministère public est en train de m’accuser faussement, je ne l’ai pas. Je ne l’ai jamais vu dans mon téléphone », a-t-il martelé devant la cour. Cette défense repose ainsi sur la mise en doute de l’authenticité et de la provenance des éléments de preuve numérique, une stratégie courante dans les affaires contemporaines de cette nature. La crédibilité de ces éléments sera-t-elle suffisamment établie pour convaincre les juges militaires ?
Cet interrogatoire fait suite à une décision préalable de la Haute Cour militaire concernant des moyens de forme soulevés par la défense. Les avocats du général Yav avaient déposé un mémoire unique invoquant l’incompétence de la juridiction, l’irrégularité de la procédure d’arrestation – effectuée sans l’autorisation présumée nécessaire du Président de la République – et la violation de la dignité de leur client. Ils demandaient en conséquence sa libération immédiate et l’écartement des procès-verbaux contestés. La cour, après délibéré, a jugé la requête recevable mais non fondée, ordonnant la poursuite de l’instruction. Cette décision a donc permis l’ouverture du fond de l’affaire, conduisant à l’audition contradictoire de l’accusé.
Le procès du « Tigre » Philémon Yav Irung dépasse le strict cadre judiciaire pour s’inscrire dans un climat politique tendu. Plusieurs personnalités, dont l’ancien président Joseph Kabila, ont évoqué son cas pour illustrer ce qu’elles perçoivent comme une marginalisation des officiers originaires du Grand Katanga sous l’actuel régime. Des allégations systématiquement rejetées par l’état-major des FARDC, dont le porte-parole, le général Sylvain Ekenge, rappelle que l’armée ne reconnaît pas les clivages tribaux et que toute action judiciaire suit la législation militaire en vigueur. Ce procès militaire en RDC devient-il l’arène où se jouent des rivalités plus profondes ?
L’affaire se poursuit désormais sur le fond. La Haute Cour militaire devra trancher l’épineuse question de la trahison présumée, en évaluant la solidité des preuves de l’accusation face aux dénégations vigoureuses de la défense. La suite des débats déterminera si les faits reprochés au lieutenant-général, qui commandait une zone stratégique cruciale dans la lutte contre les groupes armés, sont constitués ou non. La prochaine audience est attendue avec une particulière attention, car son issue pourrait avoir des répercussions significatives sur le moral des troupes et la perception de la justice militaire au sein de la République démocratique du Congo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
