Dans un contexte où la démocratie congolaise semble à un carrefour, une institution censée protéger la souveraineté numérique s’est-elle transformée en bras sécuritaire opaque ? Le Conseil national de cyberdéfense RDC (CNC), créé en août 2023 et placé sous l’autorité directe de la présidence, est au cœur d’une polémique brûlante. Selon des investigations récentes, cette structure, dotée d’un budget officiel de 11,6 millions d’euros pour 2026, aurait dévié de sa mission initiale pour devenir un instrument de répression politique, opérant en marge de l’État de droit. Alors que le président Félix Tshisekedi affiche un discours démocratique, les pratiques attribuées au CNC dessinent une inquiétante dérive autoritaire en République démocratique du Congo.
Officiellement, le CNC a pour mandat de coordonner la cyberdéfense et le renseignement numérique. Pourtant, comme l’analyse l’expert en sécurité Jean-Jacques Wondo, « le CNC outrepasse son mandat et la légalité ». Sans compétences en police judiciaire, l’institution se livrerait à des arrestations arbitraires CNC, des détentions secrètes et une surveillance intrusive des réseaux sociaux Congo. Des yeux bandés, des transferts vers des lieux inconnus, des gardes à vue prolongées sans intervention judiciaire : les méthodes évoquées rappellent les heures les plus sombres de la gouvernance sécuritaire. L’ONG Justicia Asbl estime le nombre de ces enlèvements à plusieurs milliers, soit une dizaine par jour, un chiffre qui, s’il est avéré, révèle l’ampleur d’un système parallèle de répression.
Parmi les cibles figurent des proches de l’ancien président Joseph Kabila, comme Emmanuel Ramazani Shadary, disparu depuis son interpellation en décembre dernier, ou encore des journalistes critiques à l’instar de Stéphane Shisso. Même les parlementaires n’échappent pas à cette traque, comme en témoigne la rafle de députés soutenant Vital Kamerhe à l’hôtel Rotana en septembre 2025. « On est venu nous ramasser comme des petits chiens », confie l’un d’eux, dépeignant une humiliation qui souligne la brutalité du procédé. Cette machine répressive s’appuierait sur la Garde républicaine et disposerait d’équipements de pointe pour surveiller les communications, notamment sur WhatsApp, visant des figures politiques de l’opposition telles que Corneille Nangaa.
À la tête de cette structure, Jean-Claude Bukasa, informaticien formé au Canada, et sa directrice de cabinet Lisette Kabanga, décrite comme « très puissante » et pointée du doigt pour orchestrer des arrestations. Leurs silences, face aux interrogations, alimentent le mystère autour d’une institution sans locaux fixes, opérant depuis des « prisons cachées » comme le stade des Martyrs ou des villas à Bellevue. Les détenus y seraient isolés, parfois pendant des semaines, sans audition formelle ni charges précises, une violation flagrante des droits fondamentaux que dénonce Timothée Mbuya de Justicia Asbl : « C’est une structure monstrueuse. »
Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, tente de légitimer ces actions en invoquant le code du numérique de 2023, qui punit l’incitation au terrorisme. Cependant, des cas comme celui de Grace Lukuna, accusée de liens avec l’AFC/M23 sans preuves tangibles et jetée à la prison militaire de Ndolo, illustrent le fossé entre le discours légal et la réalité sur le terrain. L’enquête révèle également des pressions financières exercées sur des hommes d’affaires, tel Harish Jagtani, arrêté de manière spectaculaire en mars 2025, dans ce qui ressemble à de l’extorsion pure et simple.
Cette révélation pose une question cruciale : le président Félix Tshisekedi joue-t-il avec le feu en tolérant une telle dérive ? Alors qu’il prône la renaissance démocratique, le CNC semble perpétuer les méthodes opaques héritées de l’ère Kabila, risquant ainsi de fragiliser durablement sa crédibilité et la stabilité institutionnelle. Les appels à la suppression de cette structure se multiplient parmi la société civile et les ONG, tandis que la colère gronde sur les réseaux sociaux – ironiquement, le terrain de chasse privilégié du CNC. L’avenir politique de la RDC pourrait bien se jouer sur la capacité des autorités à mettre un terme à ces pratiques, sous peine de voir s’effriter les fondements déjà précaires de l’État de droit.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
