Une violence brutale a une nouvelle fois frappé la population civile du Nord-Kivu. Ce lundi 19 janvier, le village de Kiyeye, situé dans la chefferie de Bwito en territoire de Rutshuru, a été le théâtre d’une attaque armée d’une rare violence. Le bilan est lourd : au moins vingt civils ont été grièvement blessés après avoir été pris pour cible dans une embuscade attribuée aux combattants locaux du Collectif des mouvements pour le changement (CMC). Cet incident met en lumière une pratique de plus en plus courante dans la région : l’exploitation des populations par les groupes armés.
L’attaque s’est produite aux alentours de 9 heures, alors qu’une trentaine de personnes venues des localités voisines de Nyanzale et Kihondo s’apprêtaient à commencer des travaux communautaires. Ces civils avaient été mobilisés, voire réquisitionnés de force, par les rebelles de l’AFC-M23. Leur tâche ? Procéder à des travaux de dégagement de la végétation, une activité souvent appelée « Salongo » mais qui, dans ce contexte, prend une tournure sinistre.
Les instructions des rebelles étaient claires : il s’agissait de détruire des bananeraies et des couverts végétaux autour des villages de Kiyeye et Kitunda. Cette manœuvre, qualifiée de « stratégique » par l’AFC-M23, avait pour objectif avoué de dégager la vue autour de leurs positions militaires. En supprimant ces zones de camouflage potentielles, le groupe armé entendait se prémunir contre les infiltrations et les attaques des groupes armés locaux, notamment les Wazalendo du CMC. C’est précisément avant le début effectif de ces travaux forcés que les assaillants ont surgi, ouvrant le feu sur la foule désarmée.
Pris sous des tirs croisés, les civils n’ont eu aucun moyen de se défendre. La majorité des blessés ont d’abord été évacués vers le centre de santé de Nyanzale. Cependant, face à la gravité des blessures, les cas les plus critiques ont dû être référés vers les structures médicales mieux équipées de Buhonda et Mushibiri. Des sources locales font également état de plusieurs morts, bien qu’aucun bilan officiel et définitif n’ait pu être confirmé par les autorités. L’opacité qui entoure souvent ce type d’événements dans la région du Nord-Kivu complique l’établissement d’une vérité chiffrée.
Au-delà du drame humain immédiat, cette attaque Kiyeye soulève des questions brûlantes sur les méthodes de guerre employées dans le conflit Bwito. La réquisition de civils pour des travaux à finalité militaire constitue une violation flagrante du droit international humanitaire. Comment une telle impunity peut-elle encore régner ? Un membre du Conseil territorial de la jeunesse de Rutshuru a exprimé son indignation, condamnant fermement non seulement l’attaque meurtrière, mais aussi la politique de « terre brûlée » imposée par les rebelles.
Cette condamnation pointe du doigt un crime économique souvent passé sous silence. La destruction systématique des bananeraies, pilier essentiel de l’économie de subsistance des ménages, plonge des familles entières dans une précarité extrême. La banane représente bien plus qu’une culture ; elle est une source vitale de nourriture et de revenus. Sa destruction à des fins tactiques anéantit les moyens d’existence de communautés déjà éprouvées par des années de violence. Cette stratégie ne vise-t-elle pas, in fine, à affaiblir la résilience même des populations pour mieux les contrôler ?
L’embuscade du 19 janvier illustre avec une cruelle clarté la spirale infernale dans laquelle est prise la population civile du Rutshuru. Prise en étau entre les exigences des rebelles de l’AFC-M23 et la violence des groupes d’autodéfense locaux comme les Wazalendo CMC, elle paie le prix fort d’un conflit dont elle est la première victime. Les travaux forcés auxquels elle est soumise ne servent qu’à creuser davantage les lignes de front d’une guerre qui la dépasse.
Les autorités provinciales et nationales restent pour l’heure silencieuses sur cet incident précis. Une enquête serait-elle en cours pour identifier formellement les responsables de cette attaque et traduire en justice ceux qui organisent le travail forcé ? La communauté internationale, souvent témoin distant de ces tragédies, parviendra-t-elle à exercer une pression suffisante pour mettre un terme à ces pratiques ? En attendant des réponses, les blessés de Kiyeye pansent leurs plaies, et toute une région retient son souffle, sachant que le prochain coup pourrait frapper à tout moment. La situation sécuritaire au Nord-Kivu demeure une poudrière, où chaque étincelle peut provoquer un nouvel embrasement.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
