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Exil de Seth Kikuni : l’opposant congolais forcé à la fuite par la pression du régime

L’exfiltration de l’opposant Seth Kikuni hors de la République Démocratique du Congo, annoncée ce lundi, ne constitue pas une simple fuite. Elle s’apparente à une défaite stratégique pour le pouvoir en place, révélant au grand jour les méthodes de pression exercées contre les figures dissidentes. Cette “opération discrète, coordonnée et courageuse”, saluée par le cadre de concertation des forces politiques et sociales, soulève une question fondamentale : jusqu’où un État peut-il aller pour museler une opposition légitime ? Le départ précipité de Kikuni, qualifié de “sauvetage” par ses pairs, intervient dans un contexte où la menace d’une nouvelle procédure judiciaire pesait sur lui, mettant en lumière les tensions persistantes entre le régime et ses détracteurs.

Cette affaire trouve ses racines dans un parcours politique semé d’embûches. Seth Kikuni, figure montante de l’opposition congolaise et ancien candidat à la présidentielle de 2023, a déjà goûté à l’amertume de la prison de Makala. Sa condamnation en septembre 2024 pour des charges souvent brandies contre les opposants – « incitation à la désobéissance civile » et « propagation de faux bruits » – avait déjà envoyé un signal fort. Sa libération en mars 2025 n’aura été qu’un répit. L’interpellation musclée à son retour du conclave de Nairobi en octobre dernier, orchestrée par des agents se réclamant de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR), et la confiscation définitive de son passeport par la direction générale de la migration, dessinaient la trajectoire d’un harcèlement systémique. Le pouvoir jouait avec le feu, espérant peut-être user l’homme sans faire de martyr.

La lettre de l’Auditeur général près la Haute Cour militaire, datée du 15 décembre 2025, aura été la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Perçue comme l’annonce d’une « procédure arbitraire à caractère politique », elle a précipité la décision de l’exfiltrer. Cette manœuvre judiciaire présumée démontre-t-elle la faiblesse d’un pouvoir qui, incapable de contrer les idées, s’attaque aux individus ? La stratégie consistant à utiliser les appareils judiciaire et sécuritaire – la justice militaire et l’ANR – pour asphyxier l’opposition est un classique des régimes autoritaires. Cependant, elle comporte un risque majeur : celui de renforcer la sympathie envers l’opposant persécuté et d’éroder davantage la crédibilité des institutions auprès de la communauté internationale.

L’annonce de sa prise de parole prochaine pour « éclairer l’opinion nationale et internationale » sur les circonstances de son départ promet d’être un moment politique hautement sensible. Kikuni, désormais exilé, se transforme d’une cible sous contrôle en un porte-voix libre et probablement plus vindicatif. Ses critiques acerbes, comme celles émises ce lundi contre la participation du chef de l’État au Forum économique mondial de Davos, gagneront en résonance depuis l’étranger. Le pouvoir se retrouve ainsi piégé par sa propre stratégie : avoir poussé un adversaire dans ses retranchements, il lui offre une tribune mondiale et le statut de symbole de la résistance.

Cette affaire Kikuni s’inscrit dans un schéma plus large de restriction des libertés fondamentales et d’intimidation des voix critiques en RDC. La mention, dans le communiqué du cadre de concertation, d’un « contexte de fortes menaces et de graves violations » n’est pas anodine. Elle vise directement la gestion des libertés publiques par les autorités. L’utilisation récurrente de la prison de Makala comme outil de dissuasion politique et le rôle controversé de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR) dans les arrestations d’opposants alimentent un climat de peur dont le pouvoir semble tirer un bénéfice à court terme, au détriment de la stabilité à long terme.

À terme, l’exil forcé de Seth Kikuni pourrait bien se révéler être un coup d’épée dans l’eau pour le régime. Non seulement il internationalise un conflit politique interne, mais il expose également les fissures d’un système qui peine à tolérer la contradiction. La communauté internationale, souvent sourcilleuse sur ces questions, aura les yeux rivés sur les prochaines déclarations de l’opposant. La balle est désormais dans le camp du pouvoir : continuera-t-il sur cette ligne répressive, au risque de s’isoler, ou saura-t-il ouvrir un espace de dialogue politique apaisé ? L’avenir de la démocratie congolaise se joue aussi dans la capacité de l’État à coexister avec une opposition libre, et non contrainte à l’exil ou à la prison. L’épisode Kikuni est un test de maturité politique qui, pour l’instant, semble révélateur d’un profond malaise.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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