« Nous cultivons à la main, nous n’avons pas d’engins et nous avons été surpris de voir des Chinois venir détruire nos champs. Nous souffrons. Cette route nous permettait de transporter la braise, le maïs et le manioc, mais les Chinois l’ont fermé. » La voix tremblante d’un paysan de Mutaka 2, dans le territoire de Lubudi au Lualaba, résume le désarroi de plus de 300 cultivateurs dont les terres ont été occupées par l’entreprise chinoise Dirton Corporation Mining. Une délocalisation forcée qui viole les procédures et plonge des familles entières dans la précarité.
Dimanche 18 janvier, ces cultivateurs ont levé la voix pour dénoncer l’accaparement illégal de leurs terres. Leurs champs, source de subsistance, ont été détruits sans préavis. Pire, certains affirment avoir été agressés par des éléments de sécurité commis à la garde de la concession spoliée. Comment une entreprise étrangère peut-elle ainsi s’imposer au mépris des droits des communautés locales ? La question brûle les lèvres dans cette région riche en ressources, mais où les conflits fonciers sont monnaie courante.
Le témoignage des cultivateurs du Lualaba met en lumière une procédure bafouée. Normalement, toute délocalisation doit suivre un cadre légal, avec consultation et indemnisation des populations. Rien de tel ici. « Nous sommes fatigués après avoir démené et supplié sans obtenir gain de cause », confie un autre paysan. La détresse est palpable. Ces terres, ils les travaillent depuis des générations. Le maïs, le manioc et la braise qu’ils produisent assurent leur survie et alimentent les marchés locaux. Privés de leurs champs, ils se retrouvent sans moyens de subsistance.
Face à cette situation, l’élu de Lubudi, Dominique Munongo, a pris la parole. Après avoir écouté les habitants du village Mutaka 2, elle a indiqué que la procédure de délocalisation doit être respectée et promis de s’impliquer pour trouver une solution. « On a remarqué qu’il y a une entreprise chinoise qui est en train de chercher à délocaliser les gens de force. C’est la procédure qui est mauvaise, donc je crois qu’il faut clarifier les choses. Je vais voir Madame le gouverneur et c’est important aussi que la chefferie soit informée de ce qui se passe ici parce qu’on doit gérer. C’est une question de vie, ce sont des êtres humains qui ont besoin de stabiliser leurs foyers, leurs familles », a-t-elle souligné. Des paroles qui sonnent comme un espoir, mais les actions concrètes se font attendre.
Difficile pour le moment d’obtenir la réaction des responsables de l’entreprise chinoise incriminée, Dirton Corporation Mining. L’opacité entoure souvent les activités des sociétés étrangères en République Démocratique du Congo, notamment dans le secteur minier et agricole. Pourtant, les investissements doivent se faire dans le respect des lois et des droits humains. Le conflit foncier à Lubudi n’est malheureusement pas un cas isolé. Dans plusieurs provinces de la RDC, des communautés se battent pour préserver leurs terres face à l’appétit des grandes compagnies.
Que représente une terre pour un cultivateur du Lualaba ? C’est bien plus qu’un lopin : c’est une histoire, une identité, un héritage. La destruction des champs à Mutaka 2 est une atteinte à la mémoire et à la dignité. Les cultivateurs, déjà vulnérables, se voient spoliés de leur seul bien. L’entreprise chinoise Dirton Corporation Mining a-t-elle obtenu les autorisations nécessaires ? A-t-elle consulté les autorités coutumières et les populations ? Le silence de l’entreprise laisse planer le doute.
Au-delà du drame humain, ce conflit pose la question de la gouvernance foncière en RDC. Les lois existent, mais leur application est faible. Les communautés locales sont souvent ignorées lors de l’attribution des concessions. La délocalisation forcée à Mutaka 2 en est un exemple criant. Il est urgent que les autorités provinciales et nationales interviennent pour garantir le respect des procédures et protéger les droits des cultivateurs. Sinon, ces situations risquent de se multiplier, attisant les tensions sociales et compromettant la paix dans la région.
En attendant, les cultivateurs de Mutaka 2 survivent comme ils peuvent. Certains ont trouvé refuge chez des proches, d’autres errent à la recherche d’un nouveau champ à cultiver. Leur vie a basculé du jour au lendemain. La solidarité villageoise est mise à rude épreuve. Combien de temps devront-ils attendre avant que justice ne soit rendue ? La réponse dépendra de la volonté politique et de la pression exercée par la société civile.
L’histoire de ces cultivateurs du Lualaba est un rappel cruel des défis auxquels font face les populations rurales en RDC. Entre développement économique et respect des droits humains, le choix ne devrait pas être si difficile. Les investissements étrangers sont nécessaires, mais ils ne doivent pas se faire au détriment des plus vulnérables. La délocalisation forcée à Mutaka 2 doit servir d’alerte : il est temps de réformer la gestion foncière et d’assurer que les projets économiques bénéficient aussi aux communautés locales. Le Lualaba mérite mieux que des conflits fonciers qui appauvrissent ses habitants.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
