Assise sur un sac de vêtements souillés, une femme serre son enfant contre sa poitrine. Autour d’elle, des centaines de personnes entassées sous des abris de fortune, entre deux pays. “Nous avons tout perdu en fuyant les balles à Mindouli”, murmure-t-elle, le regard perdu vers l’horizon. Cette scène, insoutenable, se répète chaque jour pour plus de 1 300 âmes, des ressortissants congolais pris au piège d’une crise humanitaire à Luozi qui s’aggrave de minute en minute.
Ils sont là, aux postes frontaliers de Zulu Mbundu et Kimpama, dans le secteur de Balari. Fuir la guerre pour se retrouver dans l’enfer de la précarité. Comment en sont-ils arrivés là ? Depuis le 11 janvier, la localité voisine de Mindouli, en République du Congo, est le théâtre d’affrontements violents entre la Garde républicaine de Brazzaville et les miliciens Ninja. La peur au ventre, ces familles ont tout abandonné pour traverser la frontière, cherchant refuge sur la terre de leurs ancêtres, au Kongo Central. Mais l’accueil est un mirage. Pas d’abri digne de ce nom, pas de nourriture suffisante, pas de soins. Seulement la boue, la promiscuité et l’angoisse.
L’alerte a été lancée ce lundi 19 janvier par Célestin Lusiama, administrateur intérimaire du territoire de Luozi. Sa voix porte l’urgence d’une situation qui dépasse l’entendement. “Parmi ces déplacés du Kongo Central, nous comptons des femmes enceintes, des enfants en bas âge, des personnes handicapées”, explique-t-il, la gravité teintant chaque mot. “Ils manquent de tout. Le peu qu’ils ont pu emporter a été perdu sur les routes de l’exode.” Le tableau qu’il dresse est apocalyptique : des familles entières dorment à la belle étoile, partagent une unique source d’eau douteuse, et voient leurs derniers biens se dissoudre sous les pluies intermittentes.
La menace sanitaire plane tel un vautour. Dans ces conditions d’hygiène déplorables, la promiscuité est une bombe à retardement. L’administrateur craint, à juste titre, l’explosion d’épidémies. Le choléra, la malaria, les infections respiratoires – comment ces corps affaiblis pourraient-ils y résister ? Les ressortissants congolais à la frontière sont-ils condamnés à survivre à une guerre pour succomber à la maladie ? La question, brutale, hante tous les esprits. Les centres de santé locaux, déjà sous-équipés et surchargés, ne pourront faire face à un afflux massif de patients.
Mais que se passe-t-il donc à Mindouli, de l’autre côté de la frontière, pour provoquer un tel exode ? Les affrontements à Mindouli opposent les forces gouvernementales régulières et des groupes miliciens, plongeant la population civile dans un cycle infernal de violence. Pour les Congolais de RDC qui y vivaient, souvent pour le travail ou le commerce frontalier, il n’y avait plus d’autre choix que la fuite. Leur retour au pays natal, censé être un soulagement, s’est transformé en cauchemar. Ils sont aujourd’hui des déplacés sur leur propre sol, victimes collatérales d’un conflit qui ne les concerne pas directement.
Face à cette détresse, où sont les acteurs humanitaires ? L’appel de l’administrateur Lusiama résonne dans un silence inquiétant. La solidarité nationale et internationale semble tarder à se mobiliser. Ces familles ont besoin, de toute urgence, de tentes, de couvertures, de nourriture, de kits d’hygiène et de soins médicaux. Sans une intervention rapide et coordonnée, la crise humanitaire à Luozi pourrait virer à la catastrophe. Le territoire de Luozi, déjà vulnérable, peut-il absorber seul ce choc ? Les communautés d’accueil, elles-mêmes souvent précaires, montrent une solidarité admirable mais qui a ses limites.
Cette tragédie aux postes frontaliers Zulu Mbundu pose une question fondamentale : jusqu’où va la responsabilité de l’État envers ses citoyens pris dans la tourmente régionale ? La protection des civils est un devoir sacré. Ces hommes, ces femmes et ces enfants ne méritent pas de vivre dans l’oubli, entre deux pays, entre deux vies. Leur calvaire met en lumière la fragilité de la paix dans la région des deux Congo et l’impérieuse nécessité de mécanismes de réponse rapide aux crises transfrontalières. Aujourd’hui, à Luozi, c’est la dignité humaine qui est mise à mal. Demain, si rien n’est fait, ce seront des vies qui partiront en fumée, discrètement, loin des projecteurs. Le temps presse. L’humanité ne peut attendre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
