Ce mardi matin, Jean, un chauffeur de taxi de la commune de Limete, vérifie nerveusement les documents de son véhicule. Sa vignette de contrôle technique est périmée depuis décembre, mais il a profité, comme des milliers d’autres Kinois, de la trêve des fêtes. « Avec l’annonce de la fin de la courtoisie, je dois absolument régulariser la situation avant que les agents ne commencent les contrôles stricts. Mais les files d’attente vont être interminables », confie-t-il, inquiet. Cette scène se répète dans des milliers de foyers à Kinshasa, où la reprise du contrôle technique des véhicules par la Régie des fourrières et de contrôle technique (RFSK) marque un retour à la normale qui s’annonce turbulent.
En effet, la période de courtoisie routière décrétée exceptionnellement pour les festivités de fin d’année a officiellement pris fin le 19 janvier à minuit. Dès ce mardi 20 janvier, la RFSK, en collaboration avec d’autres services compétents, lance ce qu’elle appelle une « opération de bouclage général et systématique » sur l’ensemble des acteurs de la ville-province. Le directeur général de cette entreprise publique, Kajos Mafolo, a été clair dans son message à l’opinion publique : chaque propriétaire ou conducteur d’engin roulant doit s’assurer que ses documents de bord sont en parfait état. Cela inclut impérativement le certificat de contrôle technique attesté par une vignette sécurisée, à apposer bien en vue sur le pare-brise des véhicules de moins de 20 tonnes. Que signifient ces mesures pour le quotidien des usagers de la route ? S’agit-il simplement d’une chasse aux infractions, ou d’une réelle volonté d’assainir un parc automobile souvent vétuste et dangereux ?
Cette reprise des contrôles intervient dans un contexte plus large de modernisation du système. Depuis le 6 janvier, le gouvernement a lancé une nouvelle plaque minéralogique sécurisée, destinée à remplacer l’ancien modèle. Selon la Direction Générale des Impôts, cette innovation vise à améliorer la sécurité des automobilistes, à harmoniser le système national d’immatriculation et à faciliter le travail des forces de l’ordre lors des contrôles routiers. Deux réformes qui se croisent et qui placent les conducteurs face à une double exigence : se mettre en règle avec le contrôle technique Kinshasa et, à terme, acquérir la nouvelle plaque. Pour beaucoup, c’est un fardeau administratif et financier supplémentaire dans un contexte économique déjà difficile. Combien de véhicules circulent encore avec des papiers incomplets ou des défauts mécaniques non déclarés ? L’opération de bouclage promet de le révéler.
La Régie des fourrières joue ici un rôle central. En reprenant le contrôle technique de manière systématique, elle ne fait qu’appliquer la loi, mais l’ampleur de la tâche est colossale. Les centres de contrôle risquent d’être rapidement débordés, créant des frustrations et, malheureusement, des tentations de corruption pour contourner les procédures. Les autorités devront être vigilantes pour que cette campagne ne se transforme pas en simple outil de répression, mais en levier pour une véritable prise de conscience sur l’état des véhicules. Une voiture en bon état, c’est moins d’accidents, moins de pollution, et une sécurité accrue pour tous. La courtoisie routière était une parenthèse bienvenue, mais la sécurité n’admet pas de vacances.
Derrière ces mesures techniques se cache un enjeu sociétal majeur : la normalisation de l’espace public et le respect des règles communes. À Kinshasa, métropole tentaculaire où la circulation est souvent chaotique, l’instauration d’une culture de la régularité est un défi de tous les instants. Les documents véhicules RDC ne sont pas de simples papiers ; ils sont la garantie d’un minimum de traçabilité et de responsabilité. La nouvelle plaque minéralogique sécurisée, si elle est bien implémentée, pourra aider à lutter contre le vol de véhicules et la fraude. Cependant, sa réussite dépendra de son accessibilité et de la clarté des procédures pour les citoyens. Les conducteurs seront-ils accompagnés dans cette transition, ou simplement sanctionnés en cas de manquement ?
En conclusion, la fin de la trêve et le lancement de ces opérations marquent un tournant. Il ne s’agit pas seulement de faire respecter le code de la route, mais de repenser la mobilité dans la capitale congolaise. La sécurité routière est une affaire collective qui nécessite des véhicules en bon état, des conducteurs responsables et une administration efficace. Les prochains jours seront révélateurs de la capacité des Kinois à s’adapter à ces nouvelles exigences et de la détermination des autorités à les appliquer avec équité. L’enjeu, au-delà des vignettes et des plaques, est de construire une route plus sûre pour tous.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
