Le coup de sifflet final a retenti, sans fioritures ni célébrations. La Confédération Africaine de Football (CAF) vient d’annoncer la mort du Championnat d’Afrique des Nations, le CHAN. Une décision brutale, prise par son président Patrice Motsepe, au nom d’une logique économique implacable : « la compétition coûte plus qu’elle ne rapporte ». Ainsi s’éteint, après 17 ans d’existence, une vitrine unique dédiée aux footballeurs évoluant exclusivement sur le continent. Pour le football congolais, cette fin du CHAN résonne comme un séisme. Quel impact cette disparition aura-t-elle sur la Linafoot Ligue 1 et l’avenir des talents locaux en RDC ?
Pour la Linafoot Ligue 1, le choc est violent. La première division congolaise perd du jour au lendemain son principal tremplin continental. Longtemps considérée comme un vivier essentiel pour le CHAN, elle se retrouve amputée d’un argument majeur pour retenir ses pépites. Dans un championnat qui lutte déjà pour sa modernisation et sa stabilité, la suppression de cette vitrine ouvre grandes les portes de l’exode. Tanzanie, Afrique du Nord, Europe… les destinations ne manquent pas pour des joueurs en quête de visibilité et de conditions de travail décentes. L’impact du CHAN sur le football congolais était palpable ; sa disparition pourrait bien accélérer une hémorragie de talents déjà inquiétante.
Mais comment en est-on arrivé là ? La CAF a préféré jeter son dévolu sur sa nouvelle coqueluche : la Ligue des nations africaines. Une compétition plus large, plus lucrative, mais qui, selon les observateurs, ne mettra pas nécessairement en avant le même football « de terroir ». Le CHAN était le théâtre du génie local. Sans lui, que restera-t-il pour mettre en lumière les Trésor Mputu et Meschack Elia de demain, ceux qui font les beaux jours de la Linafoot Ligue 1 mais n’ont pas encore franchi les frontières ? La question est lancinante pour tous les acteurs du football en République Démocratique du Congo.
Pourtant, l’histoire retiendra que la RDC a écrit certaines des plus belles pages de ce Championnat d’Afrique des Nations. Les Léopards A’ furent les premiers champions en 2009, et ont récidivé de manière flamboyante en 2016. Deux titres qui placent la nation congolaise au panthéon de la compétition, à égalité avec le Maroc. À chaque édition, la sélection locale a offert un football séduisant, porté par des joueurs issus de la Linafoot Ligue 1. Ces succès ont prouvé au monde entier la richesse et la profondeur des talents locaux de la RDC. Le CHAN n’était pas une compétition mineure ; c’était un label d’excellence pour le football domestique africain.
Le tournoi laisse derrière lui des légendes. Qui peut oublier Trésor Mputu, élu meilleur joueur de la première édition en 2009 ? Son intelligence de jeu reste un étendard pour toute une génération. En 2016, Meschack Elia a enflammé la compétition, finissant meilleur buteur et meilleur joueur, portant le TP Mazembe et les Léopards A’ vers la gloire. Ces héros sont les produits directs de ce championnat national, la Linafoot Ligue 1. Leur parcours illustrait le rêve possible : briller chez soi avant de conquérir le continent. Avec la fin du CHAN, ce rêve perd une étape cruciale.
Alors, face à cette nouvelle donne, que doit faire le football congolais ? La Linafoot Ligue 1 se trouve à un carrefour. Elle doit plus que jamais se réinventer pour rester attractive. Améliorer son organisation, ses infrastructures et sa rentabilité devient une question de survie. Sinon, le risque est de voir les meilleurs espoirs quitter le pays de plus en plus tôt, affaiblissant d’autant la qualité du championnat. La fin du CHAN est un avertissement sévère : le football local ne peut plus compter sur les institutions continentales pour sa promotion. Il doit prendre son destin en main.
La balle est désormais dans le camp des dirigeants de la Fédération Congolaise de Football (FECOFA) et des clubs de la Linafoot Ligue 1. La nouvelle architecture du football africain, avec la Ligue des nations, offrira-t-elle des opportunités équivalentes aux talents locaux de la RDC ? Rien n’est moins sûr. Une chose est certaine : la disparition du Championnat d’Afrique des Nations laisse un vide immense. Un vide qui, s’il n’est pas comblé par des initiatives audacieuses, pourrait bien étouffer l’éclosion des futurs Mputu et Elia. Le défi est lancé. Le football congolais saura-t-il le relever ?
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: footrdc.com
