Le chaos sécuritaire et humanitaire s’aggrave à l’Est de la République démocratique du Congo, malgré l’empilement d’initiatives diplomatiques, d’appels au dialogue et de promesses de paix. Entre l’échec des médiations régionales, la défiance politique croissante, et le martyre subi par les populations civiles, la RDC semble à un tournant historique où l’urgence d’un sursaut national se dispute à la lassitude et à la colère.
La semaine passée lève tout doute : l’Est du Congo s’enfonce dans une crise multidimensionnelle. Les districts d’Uvira, Lemera, Fizi, Walikale, Ituri, Rutshuru sont le théâtre d’affrontements sanglants, de nouvelles exactions et de déplacements massifs de populations. À Djugu, près de 100 000 déplacés et 39 civils tués depuis le début du mois, selon l’ONU. À Fizi, le village stratégique ‘Point Zéro’ tombe, ouvrait une brèche vers le Tanganyika. La rébellion AFC/M23, soutenue selon plusieurs rapports par le Rwanda, multiplie les actes de guerre et de pillage, malgré les injonctions internationales. Loin de rassurer, la diplomatie déploie un ballet d’initiatives : sommet de Lomé sous l’égide de l’Union africaine, tractations à Luanda, réunions CIRGL à Livingstone, implication du Togo, pressions verbales de l’Angola et de la MONUSCO… Résultat : statu quo, sinon un recul de la confiance dans le règlement par le dialogue.
Les tentatives de médiation se heurtent à la réalité du terrain et à la suspicion généralisée. L’opposition, la société civile et même une partie des Églises conditionnent toute avancée à des gestes concrets de décrispation (libérations, protection des droits fondamentaux, inclusion réelle), tandis que la population observe avec amertume la poursuite des violences, le blocage des corridors humanitaires, l’abandon des déplacés et les violations systémiques de leur dignité. Le processus de Doha, les Accords de Washington, et les réunions de la CIRGL apparaissent désormais, aux yeux de beaucoup, comme une illusion diplomatique incapable d’empêcher les avancées militaires des groupes armés, la manipulation démographique et les crimes de masse.
Plus grave encore, la défiance à l’égard des institutions nationales grandit. Les familles de déplacés attendent justice pour des dizaines de victimes, les voix se multiplient pour dénoncer la politisation du dialogue et le manque de courage dans la défense de l’intégrité territoriale. Une partie des communautés locales, otages de la violence ou de l’insécurité alimentaire, vivent une double peine, étouffées par l’isolement, l’envolée des prix, ou les épidémies de choléra et de malnutrition. Les appels à la responsabilité internationale tonnent mais se heurtent à la lassitude et à l’entre-soi des partenaires extérieurs.
En filigrane, c’est de la cohésion du pays et de sa souveraineté qu’il s’agit. La récente supplique du président burundais, futur chef de l’Union africaine, à l’ONU et à Washington pour une pression accrue sur le Rwanda, témoigne de la gravité du risque d’embrasement régional. Mais il est illusoire de croire la paix possible sans un profond réajustement de la stratégie congolaise : fermeté dans la défense des civils, exigence de redevabilité internationale, et refonte du dialogue politique vers plus d’inclusion, de transparence et de vérité sur les causes réelles du conflit.
Face à cet état d’urgence perpétuel, notre devoir collectif est d’exiger plus qu’un compromis de façade. Ensemble, citoyens, institutions, diaspora et partenaires, nous devons soutenir une réforme courageuse du système politique et sécuritaire pour faire prévaloir la paix, la protection des populations et l’unité nationale. La RDC ne doit pas seulement négocier pour la forme mais s’imposer avec raison et dignité sur la scène africaine. C’est à ce prix que l’opinion pourra retrouver confiance, et que la flamme de l’espérance, trop souvent vacillante, se ravivera dans les cœurs de nos compatriotes meurtris.
— La Rédaction de CongoQuotidien
