Le football congolais est-il en train de s’étouffer sous le poids d’une prudence tactique excessive ? La question fuse, acerbe, dans la bouche de Guillaume Nozières. L’entraîneur du Daring Club Motema Pembe (DCMP) ne mâche pas ses mots pour dénoncer une tendance lourde qui, selon lui, gangrène la Linafoot Ligue 1 2025. « Chaque équipe qui marque un but a tendance à reculer », assène-t-il, le constat empreint d’une frustation palpable. Pour le technicien, cette philosophie du « ne pas perdre » prime désormais sur le désir de séduire, transformant les terrains en arènes de calculs stériles où la créativité est la première victime.
Cette critique football défensif en RDC n’est pas un simple coup de gueule passager. Elle pointe du doigt un malaise profond qui touche à l’essence même du spectacle. Guillaume Nozières DCMP va plus loin, laissant entendre que ce réflexe de repli est un aveu d’immobilisme. « Jouer pour défendre, c’est refuser de progresser », affirme-t-il. Son message est clair : le football congolais doit retrouver sa vocation première d’espace d’expression, où le talent s’épanouit sur la durée d’un match, et non se cloisonner dans une peur paralysante du risque.
Les conséquences de cette frilosité collective sont visibles, et elles sont alarmantes. Les stades, autrefois vibrants de ferveur, peinent à remplir leurs tribunes. Les chocs mythiques qui enflammaient la nation, comme les derbys face au V.Club ou au Mazembe, ne font plus vibrer les masses. Cette désaffection est le symptôme criant d’un championnat qui a perdu de sa superbe. Le manque spectacle championnat Congo devient un refrain connu, alimenté par une instabilité structurelle et un niveau de jeu perçu comme en berne. Où est passée l’étincelle qui faisait battre le cœur des passionnés ?
Les chiffres du groupe B de la Linafoot Ligue 1 2025/26 sont éloquents et confirment le diagnostic. Une analyse froide révèle que plus de 80% des rencontres se concluent par des scores serrés Linafoot : 0-0, 1-1 ou 1-0. Le ballon circule souvent dans un champ de mines défensif, les initiatives sont étouffées dans l’œuf, et les buts sont devenus une denrée rare. Dans ce paysage tactique austère, quelques équipes osent encore sortir du cadre et respirent l’attaque.
Le DCMP de Nozières lui-même montre l’exemple par moments, avec des succès tonitruants 4-2 contre l’Étoile du Kivu et 3-0 face à Bukavu Dawa. Le V.Club impose aussi son autorité offensive, balayant le FC Renaissance 3-1 et l’Étoile du Kivu 3-0. Ailleurs, le Céleste FC surprend avec un cinglant 5-0 contre Bukavu Dawa, et l’AC Rangers signe un solide 3-0 contre Martin Pêcheur. Ces éclairs de génie offensif prouvent que le talent existe, mais ils ressemblent à des exceptions qui confirment une règle morose.
La production offensive globalement limitée dessine les contours d’une Ligue où la prudence est érigée en système. Le style de jeu, extrêmement prudent et défensif, semble avoir pris le pas sur l’audace et la fantaisie. Chaque point perdu est vécu comme une tragédie, chaque point gagné comme une victoire de la survie. Cette mentalité, compréhensible dans une compétition âpre, finit-elle par tuer l’âme du jeu ? La Linafoot Ligue 1 2025 risque-t-elle de se muer en une longue série de matchs tactiques, certes, mais au détriment pur et simple du plaisir du jeu et des spectateurs ?
L’avertissement de Guillaume Nozières résonne comme un cri nécessaire. Si les clubs congolais tuent le championnat en priorisant la défense et la peur de l’erreur, c’est tout l’écosystème footballistique qui en pâtit. Les sponsors se détournent, les médias en parlent moins, et la relève peut se désintéresser d’un sport perçu comme sans flamme. Le football congolais, riche d’une histoire glorieuse, peut-il se permettre de s’enfermer dans ce carcan ?
L’avenir de la Linafoot Ligue 1 passe peut-être par un changement de paradigme courageux. Encourage-t-on assez les initiatives offensives ? Les règles du championnat favorisent-elles le spectacle ? Les entraîneurs ont-ils les moyens et la sécurité pour tenter autre chose ? Autant de questions que la fédération et les acteurs du football congolais doivent se poser urgemment. Car au-delà des scores serrés, c’est l’attractivité et la crédibilité même du football en République Démocratique du Congo qui sont en jeu. Le temps est venu de redonner la priorité au jeu, pour que les stades retrouvent leur bruit et leur âme.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: footrdc.com
