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Le M23 lâche Uvira : la rébellion place la ville sous « responsabilité internationale »

La ville d’Uvira, plaque tournante stratégique du Sud-Kivu, se retrouve dans un vide sécuritaire alarmant. Ce jeudi 15 janvier 2026, la rébellion de l’AFC/M23 a officiellement déclaré se désengager de la sécurisation de cette agglomération, la plaçant sous la « responsabilité » exclusive de la communauté internationale. Par une correspondance adressée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le coordonnateur politique du mouvement, Corneille Nangaa, a acté le retrait immédiat de son « unité d’observation et de monitoring ». Une décision qui sonne comme un ultimatum et fait peser une lourde menace sur une population déjà éprouvée par des années de conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo.

Dans sa lettre, le dirigeant rebelle, dont le mouvement est appuyé par le Rwanda selon les rapports internationaux, décline toute responsabilité future quant à la protection des habitants d’Uvira. « Il incombe, désormais, à la Communauté internationale […] d’assurer la protection des populations civiles », a-t-il écrit. Cette annonce intervient après plusieurs semaines de déclarations ambiguës sur un retrait des positions tenues par le groupe, dans le cadre d’un cessez-le-feu fragile. Mais au-delà du simple désengagement, le M23 pointe du doigt d’autres acteurs qu’il présente comme la vraie menace.

La correspondance met en garde, de manière solennelle, contre les risques posés par des forces non signataires des accords de paix. L’armée burundaise, les FDLR, les milices « wazalendo » et les mercenaires soutenant les FARDC sont directement cités. Selon M. Nangaa, leur présence « représente une menace directe et immédiate » qui risque de « plonger Uvira dans le chaos » et de compromettre les efforts de paix régionaux. Un langage qui place délibérément la balle dans le camp des médiateurs internationaux et accentue la pression sur Kinshasa et ses alliés.

Cette manœuvre du M23 survient dans un contexte de paralysie diplomatique profonde. Les processus de paix, pourtant nombreux, piétinent. Le « processus de Washington », piloté par l’administration américaine de Donald Trump et ayant abouti à des signatures entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, peine à se traduire par des améliorations concrètes sur le terrain. Les accusations mutuelles de non-respect des engagements continuent d’empoisonner le dialogue entre la RDC et le Rwanda.

De même, les discussions de Doha, menées sous l’égide du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion M23, sont dans l’impasse. Ces négociations devaient s’attaquer aux racines du conflit, comme la restauration de l’autorité de l’État ou la réintégration des combattants. Des accords-cadres ont été signés, un mécanisme de cessez-le-feu a été établi, mais leur mise en œuvre reste lettre morte. Cette inertie nourrit-elle la poursuite des violences ? La question mérite d’être posée alors que les combats, sporadiques mais meurtriers, persistent entre les FARDC et les rebelles.

Face à cette stagnation, d’autres acteurs tentent de relancer la dynamique. L’Angola, après un retrait temporaire de son rôle de médiateur en mars 2025, effectue un retour discret mais actif. Luanda multiplie les consultations avec les différentes parties prenantes. Parallèlement, le Togo organise ce samedi 17 janvier une réunion de haut niveau dédiée à la « cohérence » du processus de paix dans la région des Grands Lacs. Ces initiatives témoignent de l’urgence perçue par les capitales africaines.

Signe des préoccupations montantes, le président angolais et président en exercice de l’Union africaine, João Lourenço, a reçu à Luanda une délégation des Églises congolaises (CENCO et ECC). Les discussions ont convergé sur une nécessité impérative : lancer sans délai un dialogue national inclusif. Un tel forum, rassemblant l’ensemble des forces vives congolaises et les parties concernées, est présenté comme la clé pour construire une paix durable. Cet appel rejoint celui de nombreux acteurs de la société civile qui réclament depuis des mois une solution « par les Congolais et pour les Congolais ».

Que signifie donc ce « désengagement » du M23 à Uvira ? S’agit-il d’une manœuvre tactique pour se présenter en garants du cessez-le-feu tout en déstabilisant l’adversaire ? Est-ce une tentative de forcer la main à la communauté internationale pour qu’elle déploie une force neutre, comme le réclame explicitement la rébellion ? La situation crée un précédent dangereux. En se retirant unilatéralement d’une responsabilité qu’il s’était lui-même attribuée, le groupe armé crée un no man’s land sécuritaire propice à l’escalade.

Les jours à venir seront décisifs pour Uvira. La réponse – ou l’absence de réponse – de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUSCO), en cours de retrait, et des autres acteurs internationaux sera scrutée. La communauté internationale parviendra-t-elle à prévenir un nouvel embrasement dans cette ville stratégique ? L’avenir de tout le processus paix RDC dans l’Est Congo pourrait se jouer sur la capacité à gérer cette crise locale. L’inaction n’est plus une option. Le risque est de voir s’effondrer les fragiles avancées diplomatiques et de replonger une région entière dans un cycle de violence dont elle n’est jamais vraiment sortie.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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