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Nord-Kivu : À Kiwanja, la culture du soja s’effondre, plongeant les agriculteurs dans le désarroi

Dans les collines verdoyantes de Kiwanja, au cœur du territoire de Rutshuru dans le Nord-Kivu, un silence inquiétant s’est installé sur des parcelles autrefois dynamiques. Où sont passés les champs de soja ? La réponse se lit sur le visage de Marie, une agricultrice dont les mains, crevassées par le labeur, désignent une terre qui ne rend plus. « Nous donnons tout à cette terre, mais elle ne nous donne plus rien en retour. Le soja, c’était notre espoir. Aujourd’hui, c’est un souvenir qui fait mal », lâche-t-elle, le regard perdu vers l’horizon. Ce constat amer est partagé par des centaines de familles paysannes. La culture du soja, jadis pilier économique, connaît un déclin spectaculaire dans cette région de la RDC, plongeant les communautés dans une incertitude profonde.

Que s’est-il passé pour qu’une activité agricole porteuse soit ainsi délaissée ? Les raisons sont multiples et s’enchevêtrent dans un quotidien déjà marqué par les défis. La faible production arrive en tête des préoccupations. « Avant, un sac de semences nous donnait plusieurs sacs de récolte. Maintenant, à peine un et demi », explique un vieux cultivateur rencontré en bordure de champ. Cette chute des rendements n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de pratiques culturales qui ont peu évolué, avec l’utilisation persistante de semences non sélectionnées et un accès limité aux techniques améliorées. Dans un contexte où chaque grain compte, la déception est immense et pousse à l’abandon.

Mais le calvaire ne s’arrête pas au champ. Même lorsqu’une récolte miraculeuse est obtenue, un autre obstacle, tout aussi redoutable, se dresse : l’absence de débouchés fiables. Marceline, une autre mère de famille de Kiwanja, en fait les frais chaque saison. « Les acheteurs viennent comme des voleurs, une fois de temps en temps, et imposent des prix misérables. Parfois, il vaut mieux laisser le soja pourrir que de le vendre à perte après tous ces mois de travail », témoigne-t-elle avec une colère froide. Ce manque de marché structuré brise l’élan des producteurs. Sans perspective de revenu stable, pourquoi continuer à investir temps et ressources dans une aventure si incertaine ?

Les spécialistes de l’agriculture RDC confirment ce diagnostic alarmant. Pour Baudouin Bampoyiki du Centre de Développement Rural CEDERU Kibututu, le problème est systémique. « Il ne s’agit pas seulement d’un problème technique. Le contexte global du Nord-Kivu, notamment l’insécurité récurrente qui perturbe les circuits commerciaux et isole les zones de production, joue un rôle majeur dans ce découragement », analyse-t-il. L’instabilité freine les investissements et complique l’accès aux intrants et aux conseils agricoles, créant un cercle vicieux de baisse de productivité et de désespoir.

Face à cette hémorragie, des voix s’élèvent pour réclamer une intervention urgente. Jacques Bigenginama, technicien de développement rural, insiste sur la nécessité d’un accompagnement global. « Relancer la filière soja à Rutshuru nécessite une double action : un appui technique concret pour améliorer les rendements, et une stratégie commerciale pour garantir des débouchés rémunérateurs. Sans cela, aucun discours ne ramènera les paysans vers cette culture », plaide-t-il. Cet appel résonne comme un avertissement. L’abandon du soja n’est pas qu’une simple réorientation agricole ; c’est le symptôme d’un désengagement plus large qui menace la sécurité alimentaire et économique de toute une région.

Alors, que font les agriculteurs pour survivre ? Beaucoup se tournent déjà vers d’autres horizons. Le haricot vert, par exemple, séduit par sa relative rapidité de croissance et ses débouchés plus immédiats, même s’il n’offre pas la même valeur nutritive. Ce glissement vers des cultures de subsistance ou à cycle court est un indicateur clair : les paysans adaptent leurs stratégies de survie en l’absence de soutien structurel. La diversification est devenue une nécessité, mais elle se fait souvent au détriment d’une culture riche en protéines, essentielle pour l’équilibre nutritionnel des populations.

La situation à Kiwanja pose une question fondamentale : quelle agriculture veut-on pour l’est de la RDC ? Une agriculture de survie, soumise aux aléas des marchés et de l’insécurité, ou une agriculture résiliente et rémunératrice, capable de nourrir ses populations et de développer son économie locale ? Le déclin du soja est un signal d’alarme qui ne doit pas être ignoré. Il met en lumière l’impérieuse nécessité de politiques agricoles cohérentes, d’investissements dans la recherche, la formation et les infrastructures de commercialisation. Le potentiel du Nord-Kivu est immense, mais il se meurt à petit feu dans les champs abandonnés de Kiwanja. L’enjeu dépasse la simple culture d’une plante ; il touche à la dignité des paysans et à l’avenir alimentaire de toute une nation.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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