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Dialogue Angola-RDC : l’opposition de Joseph Kabila pose ses conditions

Alors que Luanda tente de se positionner en nouvelle capitale des médiations pour la République Démocratique du Congo, la réaction du Mouvement Sauvons la RDC vient jeter un pavé dans la mare diplomatique. Dans une déclaration rendue publique ce mercredi 14 janvier 2026, cette plateforme politique dirigée par des figures de l’opposition, dont l’ancien président Joseph Kabila, adresse une réponse en demi-teinte à l’initiative angolaise. Si elle salue l’implication personnelle du Président João Lourenço, elle formule surtout une série de conditions préalables qui ressemblent à une mise en demeure du pouvoir de Kinshasa. Le dialogue Angola RDC, présenté comme une voie de sortie de crise, se heurte d’emblée aux réalités d’une méfiance politique profondément ancrée.

Le mouvement d’opposition ne mâche pas ses mots. Il exprime de « sérieuses préoccupations » quant à la crédibilité du processus, pointant du doigt une instabilité préjudiciable dans les cadres de médiation. Nairobi, Doha, Luanda… la valse des capitales hôtes traduirait, selon Sauvons la RDC, une « absence de vision cohérente » de la part du pouvoir central. L’argument est redoutable : à quoi bon multiplier les forums si les engagements pris restent lettre morte ? Cette critique vise directement le Président Félix Tshisekedi, accusé de ne pas honorer ses promesses en matière de décrispation politique, de libération des prisonniers et de respect du cessez-le-feu.

L’opposition Joseph Kabila agite ainsi l’épouvantail d’un dialogue purement cosmétique, une « manœuvre dilatoire » pour reprendre ses termes. En filigrane, une question fondamentale se pose : peut-on négocier sérieusement dans un climat de répression politique ? Le communiqué dénonce la poursuite des arrestations, des exils forcés et des atteintes aux libertés fondamentales visant militants et journalistes. Ces griefs ne sont pas nouveaux, mais leur réitération dans le contexte d’une nouvelle offre de dialogue leur donne une résonance particulière. Faut-il y voir une stratégie de la part de l’opposition pour regagner l’initiative politique ? La réponse semble affirmative.

Pour ancrer son discours dans une réalité tangible et frappante, le mouvement évoque des événements tragiques survenus le 11 janvier 2026 à Bukama, dans la province du Haut-Lomami. Des violences attribuées aux FARDC y auraient visé des civils. En citant ces violences Bukama Haut-Lomami, l’opposition tente d’établir un lien de cause à effet implacable : de telles exactions seraient incompatibles avec une volonté réelle de paix. Cette référence permet de basculer du registre politique au registre humanitaire, chargeant ainsi davantage la barque du gouvernement.

Sur le fond, Sauvons la RDC avance une séquence logique qui remet en cause la feuille de route proposée. Selon la plateforme, la priorité absolue est de finaliser le processus de Doha, engagé avec l’opposition armée, pour traiter les aspects militaires du conflit. Un dialogue politique plus large ne pourrait intervenir qu’ensuite, dans un « climat apaisé » par la cessation effective des hostilités. Cette position est une manière de reprendre la main sur l’agenda, en imposant ses propres conditions et en reléguant au second plan l’initiative angolaise.

Enfin, le mouvement insiste avec force sur la nature et les acteurs du dialogue. L’inclusivité est présentée comme non-négociable, mais c’est surtout la proposition d’une médiation Églises RDC qui retient l’attention. En plaidant pour un rôle central des Églises catholique et protestante, et particulièrement des évêques congolais, l’opposition joue une carte à forte légitimité sociale. Elle s’appuie sur le travail de consultation déjà mené par ces institutions à travers le pays, soulignant leur ancrage local et leur crédibilité morale face à des médiateurs internationaux parfois perçus comme distants. Ce choix est politique : il s’agit de rapatrier le processus de paix dans un cadre national et spirituel, hors de l’influence des capitales étrangères.

En définitive, la balle est désormais dans le camp du pouvoir. La réponse du Mouvement Sauvons la RDC est moins un refus de dialogue qu’un ultimatum politique. Elle trace une ligne rouge claire : pas de discussion sans actes concrets de décrispation. Le président Tshisekedi se retrouve face à un dilemme classique. Céder aux exigences de l’opposition pourrait être interprété comme un signe de faiblesse et risquer de fragiliser sa base. Les ignorer condamnerait probablement toute initiative, qu’elle vienne de Luanda ou d’ailleurs, à l’échec, confirmant ainsi les prédictions les plus sombres sur l’enlisement du pays. L’initiative angolaise, saluée par certains comme une bouffée d’oxygène, apparaît déjà sérieusement compromise, prise en tenaille entre les méfiances réciproques de la scène politique congolaise. Le prochain enjeu ? Voir si Kinshasa, sous pression internationale et interne, acceptera de payer le prix politique d’un apaisement dont il ne contrôlerait pas tous les effets.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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