26.2 C
Kinshasa
jeudi, janvier 15, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéSociétéCSAC : 32 mois d'impayés, trois morts et un cri d'alarme à...

CSAC : 32 mois d’impayés, trois morts et un cri d’alarme à Suminwa

Une lettre froissée, des yeux cernés par l’inquiétude, et un compte en banque vide depuis près de trois ans. C’est le quotidien de Jean*, agent du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC). « Quand mon enfant est tombé gravement malade le mois dernier, je n’ai eu que mes yeux pour pleurer. Aucune avance, aucun soutien, pas même la possibilité de me faire soigner moi-même. Comment voulez-vous travailler dans ces conditions ? », confie-t-il, la voix brisée par une colère rentrée. Son témoignage n’est pas isolé. Il illustre la détresse profonde qui frappe les couloirs d’une institution censée être le pilier de la démocratie médiatique en République Démocratique du Congo.

La crise salariale au CSAC a atteint un seuil dramatique et sans précédent. Les agents du CSAC en RDC viennent de saisir la Première ministre, Judith Suminwa, dans une lettre ouverte poignante. Ils y dénoncent trente-deux mois d’arriérés de salaires CSAC, un blocage administratif kafkaïen et, surtout, des conséquences humaines insoutenables. En l’espace de trois mois, trois de leurs collègues ont perdu la vie, faute de moyens pour accéder à des soins appropriés. Un véritable électrochoc qui révèle l’absence totale de couverture sociale au sein de l’organe de régulation.

Le cœur du problème réside dans un Ordre de Paiement Informatisé (OPI), émis depuis le 19 octobre 2025, qui dormirait dans les tiroirs de la Banque Centrale du Congo, en attente d’un feu vert du Ministère des Finances. Ce goulot d’étranglement bureaucratique paralyse tout, jusqu’au paiement des rémunérations pourtant annoncées pour 2025. Comment une institution publique peut-elle fonctionner quand ses propres agents sont réduits à la mendicité et à la maladie ? La question, brutale, hante les bureaux désertés de plusieurs antennes provinciales du CSAC, où le manque de moyens de transport et de prise encharge sanitaire est la norme.

Cette crise sociale au CSAC RDC dépasse la simple question des salaires impayés. Elle met en lumière une gouvernance à bout de souffle et une logique de l’urgence permanente. L’appel à l’intervention personnelle de Judith Suminwa CSAC n’est pas qu’un cri du cœur ; c’est un ultime recours face à ce qu’ils qualifient d’« urgence humaine ». Les agents estiment que sans une réponse rapide et concrète de la cheffe du gouvernement, le CSAC risque de sombrer définitivement, perdant ainsi sa crédibilité et sa capacité à réguler un paysage médiatique congolais déjà tumultueux.

Cette paralysie ne date pas d’hier. En filigrane de la crise actuelle, un autre dossier empoisonne l’atmosphère : le paiement des indemnités de sortie des cabinets hérités de l’ère Tito Ndombi, toujours en suspens plus de deux ans après l’installation de l’actuel président du CSAC, Christian Bosembe. Des OPI ont été émis, les procédures lancées, mais rien n’a été versé. Cette incapacité à solder le passé alimente un sentiment d’impuissance et de défiance au sommet de l’institution. La CSAC crise est donc double : financière pour les agents de base, et managériale pour sa direction. L’institution est-elle devenue ingouvernable ?

Au-delà des chiffres et des procédures, c’est le contrat social entre l’État et ses serviteurs qui se fissure. Comment des régulateurs peuvent-ils surveiller l’éthique et la déontologie des médias quand ils sont eux-mêmes plongés dans une précarité aussi extrême ? Quel message envoie la République à ceux qui ont pour mission de garantir la liberté et la pluralité de l’information ? La situation actuelle du CSAC est un microcosme alarmant des maux qui rongent l’administration congolaise : lenteurs administratives fatales, priorisation défaillante et mépris silencieux pour la condition des agents.

L’appel lancé à Judith Suminwa est un test. Un test de la capacité du gouvernement à répondre aux urgences sociales concrètes qui minent ses propres institutions. La balle est désormais dans le camp de la Première ministre. Son intervention, ou son silence, diront beaucoup sur la valeur accordée à ceux qui veillent, théoriquement, aux fondements médiatiques de la démocratie congolaise. Les agents CSAC RDC attendent, entre l’espoir ténu d’une solution et la crainte de voir d’autres collègues succomber. Le temps, pour eux, n’est plus compté en mois, mais en vies.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Eventsrdc

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 14 Janvier 2026

Double offensive diplomatique de la RDC entre ambition verte à Abu Dhabi et dialogue à Luanda. Un bras de fer judiciaire à 4 milliards USD secoue Kinshasa, alors que 50 000 retournés du Nord-Kivu peinent à survivre. Tshisekedi presse la MONUSCO pour un cessez-le-feu à l'Est. Côté économie, Gécamines s'affirme avec 100 000 tonnes de cuivre destinées au marché US. Les syndicats enseignants s’inquiètent d’un budget réduit, tandis que la médiation à l’Est stagne malgré l'entrée en jeu du Togo.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques