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Kinshasa : la garantie locative abusive, un casse-tête pour les locataires

« Je cherche un logement depuis six mois, mais chaque propriétaire exige au moins neuf mois de loyer d’avance. Comment voulez-vous que je fasse avec mon salaire de fonctionnaire ? » Cette plainte amère de Jean, un habitant de la commune de Tshangu à Kinshasa, résume le calvaire vécu par des milliers de Congolais. La recherche d’un toit décent se transforme en parcours du combattant, où la règle n’est plus la loi, mais la volonté discrétionnaire des bailleurs. La garantie locative, supposée être un filet de sécurité, est devenue un mur infranchissable pour beaucoup.

À Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo, et dans plusieurs autres villes du pays, une pratique illégale s’est imposée comme une norme tacite : exiger bien au-delà des trois mois de garantie locative prévus par la loi. Neuf, douze, parfois même davantage de mois de loyer sont demandés d’avance avant toute remise des clés. Cette exigence financière exorbitante plonge les candidats locataires dans l’incertitude et l’exclusion. Comment, dans ces conditions, une famille moyenne peut-elle espérer accéder à un logement digne ? La crise logement en RDC prend ici un visage particulièrement cruel, celui d’un marché immobilier dérégulé où la spéculation l’emporte sur le droit.

Les témoignages recueillis sur le terrain peignent un tableau alarmant. « Nous ici à Tshangu, la garantie locative de trois mois n’est pas respectée comme dit la loi », confie un père de famille, désarmé. Une autre locataire, rencontrée à Limete, pointe du doigt un autre maillon de la chaîne : « Les commissionnaires font partie de ceux qui augmentent les mois de garanties pour leur propre intérêt ». Ces intermédiaires, souvent nécessaires pour trouver un bien, seraient ainsi complices d’un système qui amplifie la précarité. Cette absence de repères clairs crée un climat propice aux abus des bailleurs, où chaque propriétaire devient juge et partie.

Les conséquences sont lourdes pour les ménages aux revenus modestes et moyens. Réunir une telle somme équivaut souvent à s’endetter lourdement, à renoncer à des dépenses essentielles comme la santé ou l’éducation des enfants, ou à se résigner à occuper des habitations précaires et insalubres. Les jeunes travailleurs, les familles nombreuses et les nouveaux arrivants en ville sont les premières victimes de ce phénomène. Le logement, besoin fondamental, se mue en luxe inaccessible, réservé à une minorité capable de supporter ces avances de loyer excessives. N’est-ce pas une violation du droit fondamental à un habitat décent ?

Face à ces dérives, certains bailleurs tentent de justifier leurs exigences par la crainte des impayés, l’instabilité économique chronique du pays ou l’inefficacité des voies de recouvrement. Un argumentaire qui, s’il explique partiellement la méfiance, ne saurait excuser la violation flagrante de la loi habitation Congo. Le déséquilibre est tel que le rapport de force penche systématiquement en faveur du propriétaire, laissant le locataire sans recours.

Du côté de la société civile, l’alarme est sonnée. Jean‑Jacques Benamey, président de la Ligue des locataires, affirme recevoir des centaines de plaintes. « On peut avoir même 200 plaintes, et se rendre au service de l’habitat qui est incapable de trouver une solution », déplore-t-il. Pour lui, il est urgent que les autorités s’emparent de cette question pour mettre en place un cadre légal protecteur et rééquilibrer un marché devenu anarchique. L’enjeu est social, mais aussi économique : comment une ville peut-elle se développer quand sa population lutte pour se loger ?

Interpellé, le service de l’Urbanisme et de l’Habitat reconnaît l’existence de ces abus. Un responsable rappelle la législation en vigueur : « L’article 39 stipule que tout bailleur qui perçoit une garantie locative supérieure à trois mois, pour le bail résidentiel, est puni de trois mois de servitude pénale ». Le service promet des sanctions contre les bailleurs fautifs et encourage les locataires à signaler massivement ces pratiques. Mais sur le terrain, la méconnaissance de la loi et la peur de représailles étouffent souvent les velléités de dénonciation.

Au-delà des promesses, une action concrète et coordonnée s’impose. La garantie locative à Kinshasa ne doit pas être un instrument d’exclusion. L’État a le devoir de faire respecter la loi, de sensibiliser les acteurs du marché et, peut-être, de réfléchir à des mécanismes alternatifs de sécurisation des transactions locatives. La crise du logement en RDC n’est pas une fatalité. Elle est le fruit d’un laisser-faire dont paient le prix les plus vulnérables. Assurer à chaque citoyen un toit décent sans le ruiner : voilà un défi fondamental pour la cohésion sociale et le développement de la nation. Le temps n’est-il pas venu de rendre son sens premier à la garantie locative : une protection, et non une barrière ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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