Une inquiétude sourde parcourt les salles des maîtres et les salles de classe de la République Démocratique du Congo. À l’heure où les défis éducatifs sont plus pressants que jamais, la révision à la baisse du budget éducation nationale pour 2026, passé de 14% à 12% du budget global, fait l’effet d’un coup de massue pour les acteurs du secteur. Cette décision, révélée lors de l’évaluation à mi-parcours de l’année scolaire 2025-2026, est-elle le signe d’un désengagement de l’État face à l’avenir de ses enfants ? La question est sur toutes les lèvres, notamment celles des syndicats d’enseignants qui montent au créneau.
Jean-Bosco Puna, porte-parole de la Synergie des syndicats des enseignants de la RDC, n’a pas mâché ses mots pour exprimer l’indignation de sa plateforme, ce lundi 12 janvier à Kinshasa. « La Synergie déplore la réduction du budget de l’éducation de 14 % à 12 % entre 2025 et 2026 », a-t-il martelé, pointant du doigt un choix budgétaire qu’il juge lourd de conséquences. Selon lui, cette coupe claire dans les finances du secteur « présage des dysfonctionnements évidents dans la prise en charge des besoins basiques de l’éducation pour l’année scolaire 2026 ». Un véritable signal d’alarme tiré face à ce qui pourrait devenir, à l’en croire, une réduction budget éducation nationale aux effets dévastateurs sur la qualité de l’enseignement à travers le pays. Cette syndicats enseignants RDC protestation soulève un point crucial : comment bâtir une nation forte sans investir prioritairement dans l’instruction de sa jeunesse ?
Les craintes ne se limitent pas aux simples chiffres du budget éducation RDC 2026. Le porte-parole a également élargi le débat vers d’autres plaies du système, dénonçant avec force la politisation à outrance de l’Examen d’État. Cette épreuve certificative, passage obligé pour des milliers de jeunes Congolais, serait de plus en plus instrumentalisée, perdant ainsi de sa crédibilité et de son objectivité. « Alors que l’Examen d’État est financé doublement, les intervenants ne sont toujours pas payés depuis quatre ans », a-t-il ajouté, révélant une autre contradiction majeure. Cette situation crée un profond malaise et jette une ombre sur l’équité et la transparence de ce sésame pour les études supérieures, confirmant les critiques autour de l’Examen d’État RDC politisation.
Les conséquences de ces choix budgétaires et de ces dysfonctionnements se mesurent concrètement dans le quotidien des écoles. Une baisse des ressources peut signifier moins de manuels scolaires, des infrastructures qui continuent de se dégrader, des effectifs classes toujours plus pléthoriques et, in fine, une dévalorisation accrue du métier d’enseignant. Les conditions enseignants Congo sont déjà précaires pour beaucoup, avec des salaires souvent insuffisants et versés avec retard. Cette nouvelle coupe budgétaire risque d’aggraver une crise des vocations déjà palpable, poussant les meilleurs éléments vers d’autres horizons. Quel avenir pour un pays dont les enseignants, piliers de la société, sont constamment sous pression et sous-considérés ?
Face à ces critiques, le gouvernement tente d’apporter des réponses. En août dernier, la ministre d’État à l’Éducation nationale, Raïssa Malu, avait réaffirmé l’engagement des autorités à améliorer les conditions des enseignants. Elle invoquait toutefois les « contraintes budgétaires », notamment liées à la crise sécuritaire dans l’Est du pays, pour justifier les limites de l’action publique. Un argument qui peine à convaincre les syndicats, pour qui l’éducation ne devrait jamais être la variable d’ajustement d’un budget national, même en période de tensions. La priorité affichée est-elle réellement traduite dans les faits ? La défense et la sécurité, aussi cruciales soient-elles, peuvent-elles se faire au détriment du capital humain et intellectuel de la nation ?
Les enjeux pour l’avenir sont immenses. La RDC, avec sa population extrêmement jeune, ne pourra relever les défis du développement et de la stabilité sans un système éducatif robuste, équitable et de qualité. La baisse du budget, même de deux points, est perçue comme un mauvais signal à un moment clé. Elle intervient alors que le pays a besoin de plus d’écoles, de plus de formations techniques, de plus d’innovation pédagogique et d’enseignants mieux formés et mieux rémunérés. La mobilisation des syndicats pose donc une question fondamentale de gouvernance et de vision à long terme. Le débat ouvert par cette évaluation à mi-parcours doit devenir l’occasion d’une réflexion nationale profonde sur la place de l’école dans le projet de société congolais. L’éducation n’est pas une dépense, mais le plus sûr des investissements. Ne pas le comprendre aujourd’hui, c’est hypothéquer gravement le Congo de demain.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
