Alors que l’Iran est frappé par une coupure Internet généralisée depuis le 9 janvier, rendant presque impossible la collecte et la vérification d’informations, plusieurs organisations non gouvernementales alertent sur une répression sanglante des manifestations de ce week-end. Le bilan humain, encore incertain, serait extrêmement lourd, avec au moins 500 morts recensés depuis le début du mouvement de contestation le 28 décembre 2025. La communauté internationale, par la voix de l’ONU, exprime son inquiétude et appelle à la retenue.
Ces manifestations en Iran, d’une ampleur inédite depuis le mouvement “Femme, Vie, Liberté” de 2022, constituent l’un des plus grands défis pour la République islamique proclamée en 1979. Déclenchées initialement à Téhéran par des commerçants protestant contre le coût de la vie, les contestations se sont rapidement étendues à de nombreuses autres villes et ont évolué vers une critique ouverte du régime des mollahs. Comment un mouvement social a-t-il pu se transformer en une confrontation aussi sanglante en quelques jours seulement ?
La coupure Internet en Iran, en vigueur depuis plus de quatre-vingt-quatre heures selon l’ONG Netblocks, isole le pays du reste du monde et complique considérablement l’établissement d’un bilan précis. Cependant, des vidéos et témoignages parviennent tant bien que mal à franchir le blocus numérique. Une vidéo authentifiée par l’AFP montre des dizaines de corps amoncelés à l’extérieur de la morgue de Kahrizak, au sud de Téhéran. Ces images, selon l’organisation Iran Human Rights (IHR), témoignent d’un “crime d’une ampleur et d’une gravité considérables”.
Plusieurs défenseurs des droits humains accusent les forces de sécurité d’avoir utilisé des armes lourdes et des balles réelles pour réprimer les manifestants. Chirinne Ardakani, avocate franco-iranienne et présidente de l’association Iran Justice, a dénoncé “les massacres” commis lors des quarante-huit dernières heures, affirmant que “des armes lourdes ont été utilisées avec des scènes de massacre dans les rues”. Armand Shahbazi, journaliste d’investigation franco-iranien, rapporte que les rares informations fiables proviennent de personnes connectées via satellite, et que des vidéos transmises par Telegram montrent “des tirs à balles réelles sur la foule”.
L’IHR, basée en Norvège, a confirmé la mort d’au moins 192 manifestants depuis le 28 décembre, mais estime que le nombre réel pourrait être “plusieurs centaines, voire plus de 2 000”. De son côté, l’agence HRANA, qui défend les droits humains en Iran, évoque dimanche 12 janvier la mort de 483 manifestants, pour un bilan total de 544 morts. L’organisation s’appuie sur une “nouvelle vague de données et de documentation visuelle”. Par ailleurs, plus de 2 600 arrestations auraient été effectuées, selon l’IHR. Cette répression en Iran d’une brutalité exceptionnelle interroge la stratégie des autorités face à la colère populaire.
Face à ces événements, le secrétaire général de l’ONU en Iran, António Guterres, s’est déclaré “choqué par les rapports faisant état de violences” et a appelé les autorités iraniennes “à faire preuve de la plus grande retenue” dans l’usage de la force. Il a également demandé le rétablissement des communications. De son côté, le pouvoir judiciaire iranien a réitéré que les mis en cause seraient traités “avec fermeté”. Le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les “martyrs de la résistance”, visant notamment les membres des forces de sécurité tués.
Cette répression violente des manifestations en Iran, couplée à une coupure Internet drastique, pose de sérieuses questions sur la transparence et le respect des droits humains. Le blackout numérique, s’il entrave la diffusion d’informations, n’empêche pas la fuite de témoignages accablants qui dessinent le tableau d’une crise majeure. Alors que le régime tente de contrôler la narration, la pression internationale pourrait s’accentuer. L’ampleur réelle du massacre en Iran reste à déterminer, mais les premières indications suggèrent une escalade dramatique de la violence d’État contre les citoyens. L’Iran se trouve à un tournant critique, où la gestion de la contestation pourrait déterminer sa stabilité future et ses relations avec le monde extérieur. La communauté internationale parviendra-t-elle à exercer une influence significative pour prévenir de nouvelles pertes humaines ?
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
