Dans un geste à forte portée symbolique, le ministre d’État aux Relations avec le Parlement, Guy Loando Mboyo, a officiellement lancé, ce mercredi 14 janvier à Kinshasa, les travaux de suivi de l’exécution des recommandations parlementaires adressées au Gouvernement. Cette cérémonie, réunissant membres du Gouvernement, secrétaires généraux et experts techniques, s’est transformée en tribune pour un plaidoyer ambitieux : instaurer un dialogue institutionnel durable et efficace entre les deux piliers de l’État. Mais cette volonté affichée de collaboration harmonieuse peut-elle surmonter les réalités souvent conflictuelles de la vie politique congolaise ?
Le ministre Loando, dans son allocution, a placé la barre très haut, invoquant la vision du Président de la République, Félix Tshisekedi, en matière de redevabilité publique. Il a rappelé avec insistance que les rapports des élus du peuple ne doivent pas finir dans les tiroirs poussiéreux de l’administration, mais appellent un « traitement rigoureux et un suivi méthodique ». En d’autres termes, le Gouvernement est sommé de rendre des comptes. Cette affirmation, si elle est mise en pratique, représenterait un changement de paradigme notable dans les relations Gouvernement Parlement, souvent marquées par la défiance. L’initiative vise précisément à déployer des « missionnaires » et points focaux dans les ministères pour vérifier, sur le terrain, l’état d’avancement des recommandations émises par le Sénat et l’Assemblée nationale.
Jean Masial, secrétaire général du ministère, a salué le « leadership » de Guy Loando Mboyo, qualifiant l’activité de stratégique et au cœur de la vitalité démocratique. Il a souligné que l’enjeu dépasse la simple procédure administrative pour toucher à l’essence même du contrat social. Pourtant, on peut légitimement s’interroger : ce lancement solennel de travaux de suivi est-il l’amorce d’une nouvelle ère de coopération ou simplement un exercice de communication bien rodé ? L’histoire récente de la RDC est émaillée d’appels similaires au dialogue dont les effets concrets sur la gouvernance sont restés limités.
La volonté affichée de « consolider une gouvernance fondée sur le dialogue, la responsabilité et l’efficacité institutionnelle » sonne comme un mantra des bonnes pratiques. Cependant, sa matérialisation se heurtera inévitablement aux intérêts politiques divergents, aux lourdeurs bureaucratiques et à la culture encore ancrée du secret. Le succès de cette entreprise dépendra de la transparence réelle du processus de suivi et de la capacité du ministère piloté par Loando Mboyo à imposer sa feuille de route aux ministères sectoriels, souvent jaloux de leur autonomie.
En définitive, le lancement de ces travaux constitue un test grandeur nature pour la crédibilité de l’engagement gouvernemental envers le Parlement. Si les recommandations parlementaires commencent à déboucher sur des actions politiques et administratives visibles, la confiance entre les institutions pourrait se renforcer. Dans le cas contraire, le risque est de voir ce nouvel outil ajouté à la longue liste des mécanismes inopérants, alimentant le cynisme des citoyens envers la capacité de l’État à se réformer. L’efficacité de ce dialogue institutionnel RDC naissant se jugera non pas aux discours prononcés à Kinshasa, mais aux résultats tangibles rapportés de « terrain » par les points focaux déployés. Le ministre Guy Loando Mboyo a ouvert une boîte de Pandore de la responsabilité ; sa capacité à en gérer le contenu définira l’impact réel de cette initiative sur la gouvernance congolaise.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
