Imaginez-vous pousser la porte d’une morgue pour dire un dernier adieu à un parent, et être saisi non pas par le silence recueilli des lieux, mais par une odeur insoutenable et la vision insupportable d’un corps en train de se déliter. C’est le cauchemar que vivent quotidiennement des dizaines de familles à Bandundu, au Kwilu. La gestion morgue Kwilu, plus précisément celle de la ville de Bandundu, est aujourd’hui au cœur d’un scandale qui dépasse la simple négligence administrative pour toucher à l’essence même de la dignité humaine.
« On ne peut même plus les habiller correctement. Parfois, il faut mettre le corps dans un sac, tellement l’état est avancé », confie, la voix brisée, un habitant qui souhaite garder l’anonymat, de peur de représailles. Ce témoignage glaçant résume le calvaire des proches des défunts. À chaque retrait, la même horreur se répète : la décomposition corps Bandundu a déjà commencé, rendant impossible la toilette mortuaire et toute cérémonie digne. Comment en est-on arrivé à une telle situation dans le chef-lieu de la province ?
La colère, longtemps contenue, a fini par exploser au grand jour, portée par la voix du député provincial Jean-Fils Ngayikwomo. L’élu ne mâche pas ses mots pour décrire une « gestion calamiteuse » de la part des autorités urbaines. « Nos parents qui sont là-bas se retrouvent en état de décomposition. Ce qui fait que la communauté ne sait plus respecter la programmation pour l’organisation des obsèques », déplore-t-il, pointant du doigt une réalité « inhumaine et honteuse ». Son réquisitoire est sans appel : cette crise est le symptôme d’un abandon pur et simple des responsabilités les plus élémentaires. L’indignation Bandundu n’est plus seulement une affaire de familles éplorées ; elle est devenue politique et sociale, cristallisant un mécontentement bien plus large sur la gestion de la ville.
Face à la montée de la polémique, le gouverneur du Kwilu, Philippe Akamituna, s’est finalement déplacé. Sa visite à la morgue Bandundu avait des airs d’inspection d’urgence. Sur place, les explications fournies par le coordonnateur de la morgue, en présence du maire, ont laissé plus d’un observateur perplexe. Une simple « panne technique de quelques heures » serait à l’origine du désastre ? Cette version officielle, rapidement contestée par les familles qui subissent le problème depuis des jours, voire des semaines, sonne comme une tentative maladroite de minimiser l’ampleur de la négligence.
Le gouverneur a donc formulé des recommandations : améliorer la communication entre les services, solliciter plus rapidement des techniciens, et prévenir l’hôpital général. Des mesures qui semblent de simple bon sens, mais qui interrogent : pourquoi n’étaient-elles pas déjà en place ? Pourquoi faut-il attendre qu’un scandale éclate au grand jour pour que les procédures basiques soient rappelées ? Cette crise met en lumière un dysfonctionnement structurel profond, où la maintenance préventive et le respect des protocoles font visiblement défaut.
Au-delà de la douleur des familles et de la polémique politique, un enjeu majeur émerge : celui de la santé publique Bandundu. Un député l’a clairement évoqué : des corps en putréfaction dans une morgue mal gérée constituent un risque sanitaire grave. Ils peuvent devenir des foyers de contamination et exposer le personnel ainsi que les visiteurs à des pathogènes dangereux. La gestion des défunts n’est pas qu’une question de sensibilité ; c’est une pierre angulaire de la santé collective. Une morgue qui ne remplit pas sa fonction protectrice devient une menace pour les vivants.
La situation à Bandundu pose une question fondamentale sur la gouvernance locale et le respect dû à chaque citoyen, même après sa mort. Elle révèle une fracture entre des administrations souvent perçues comme déconnectées et une population qui réclame simplement le droit à la dignité, dans la vie comme dans la mort. Les recommandations du gouverneur seront-elles suivies d’effets concrets et durables ? La nomination d’un « nouvel acteur » à la tête de la mairie, réclamée par l’opposition, suffira-t-elle à redresser la barre ?
Pour l’heure, les familles continuent de payer le prix fort de ces dysfonctionnements, affrontant une épreuve supplémentaire dans le deuil. L’histoire de la morgue Bandundu est un triste révélateur. Elle dit beaucoup sur les priorités d’une gestion urbaine qui semble avoir oublié l’humain au fond de ses frigos. Tant que la dignité des morts ne sera pas considérée comme une priorité absolue, c’est toute la dignité des vivants qui restera en suspens dans la ville de Bandundu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
