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RDC : Dodo Kamba conditionne le dialogue national à une commission vérité et réconciliation

Alors que la République démocratique du Congo (RDC) est en proie à une crise sécuritaire tenace dans ses provinces orientales, marquée par l’agression rwandaise à travers la rébellion du M23, la question d’un dialogue national inclusif revient avec insistance sur la table des débats. Toutefois, pour des acteurs sociopolitiques comme l’archevêque Israël Dodo Kamba, représentant légal des Communautés unies du Réveil (CUR), une condition sine qua non s’impose : la mise en place préalable d’une commission vérité et réconciliation. Cette exigence, loin d’être anodine, vise à éviter de créer un précédent dangereux où la prise d’armes deviendrait un passeport pour la négociation politique.

Dans un entretien accordé à la presse, l’archevêque a développé sa position avec une clarté qui force le respect. Pour lui, tout dialogue national RDC intégrant des groupes armés en dehors du cadre constitutionnel risquerait de légitimer la violence comme moyen d’expression politique. « Je veux bien qu’il y ait le dialogue, mais j’ai pensé à un préalable d’abord », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’une commission spécifique. Cette instance, composée de représentants de la société civile, des confessions religieuses, des autorités traditionnelles, et facilitée par l’Union africaine et la MONUSCO, aurait pour mission de se rendre sur le terrain, d’établir les faits et les responsabilités des atrocités commises, et de proposer des voies de réparation. Une approche qui, selon lui, permettrait de « conscientiser » les belligérants et d’offrir une base solide pour des discussions futures.

Cette proposition intervient dans un contexte où la feuille de route pour un dialogue, publiée par la CENCO-ECC et d’autres confessions religieuses, est jugée insuffisante par Dodo Kamba. Il y voit même un « piège » en raison de faiblesses conceptuelles, notamment la notion d’« opposition armée » qui, selon lui, est un oxymore dans un État de droit. « Le problème, c’est que nous créons un mauvais précédent. C’est-à-dire que pour que quelqu’un fasse entendre sa voix et ses revendications, il faudrait qu’il touche aux armes », a-t-il averti. Une critique acerbe qui met en lumière les tensions entre la recherche de paix immédiate et le respect des principes démocratiques. La crise sécuritaire Est-Congo exigerait-elle donc un traitement plus radical, fondé sur la justice plutôt que sur la simple négociation ?

Par ailleurs, l’archevêque s’est prononcé sur les récents accords de Washington signés avec les États-Unis. Contrairement à certaines voix critiques, Dodo Kamba adopte une posture plus prudente, voire favorable, arguant que la RDC a plus besoin des Américains que l’inverse. « C’est une question d’intérêts. Entre nations, il n’y a pas d’amitié forcément », a-t-il rappelé, soulignant les bénéfices potentiels en termes de formation militaire et d’approvisionnement en armes pour faire face aux agressions externes. Toutefois, il appelle à une analyse approfondie par des experts congolais pour identifier d’éventuelles faiblesses et proposer des ajustements. Cette prudence stratégique contraste avec l’urgence sur le terrain, où l’agression rwandaise M23 continue de défier la souveraineté nationale.

Sur le front politique interne, Israël Dodo Kamba a tenu à réhabiliter le rôle de l’opposition civile, citant des figures comme Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Matata Ponyo. « Ce sont des cerveaux », a-t-il affirmé, plaidant pour leur consultation dans le processus de reconstruction nationale. Une position qui contraste avec la marginalisation souvent observée de ces acteurs dans les dynamiques de dialogue officielles. Mais comment intégrer ces voix sans tomber dans le piège d’une légitimation des armes ? La proposition de commission vérité réconciliation RDC pourrait-elle servir de sas de décompression entre des acteurs aux logiques divergentes ?

Cependant, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, maintient fermement que tout dialogue doit émaner de son initiative. Cette posture présidentielle, combinée aux initiatives diplomatiques internationales, peine à produire des résultats tangibles. La rébellion du M23 continue d’administrer de vastes territoires dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, et les tensions avec le Rwanda persistent, créant un statu quo délétère. Le président joue gros avec cette approche unilatérale, dont l’échec pourrait fragiliser durablement sa capacité à fédérer autour d’un projet national.

Dans ce paysage complexe, la proposition d’Israël Dodo Kamba apparaît comme une tentative de réintroduire de l’éthique et de la justice dans un processus souvent dominé par des considérations pragmatiques à court terme. Mais la balle est désormais dans le camp du pouvoir. Acceptera-t-il de braver les résistances pour instaurer une commission vérité et réconciliation comme préalable à tout dialogue national ? Ou préférera-t-il une paix immédiate, au risque de légitimer l’illégalité et d’envenimer les frustrations ? La communauté internationale, bien que active, semble enchaînée par des logiques géopolitiques qui limitent son efficacité. La RDC se trouve donc à un carrefour critique, où les choix d’aujourd’hui détermineront la stabilité de demain. Le temps presse, et les armes, elles, ne se taisent pas.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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