« Un cas de désinformation peut soulever la population. » Cette simple phrase, prononcée par Joël Madhira du Conseil urbain de la jeunesse de Bunia, résume à elle seule l’urgence vitale qui plane sur l’Ituri. Dans une province meurtrie où les rumeurs ont trop souvent servi d’étincelle à la violence, une vingtaine de professionnels des médias et de responsables associatifs viennent de recevoir une arme nouvelle : la vérité. Formés par la MONUSCO, ils sont désormais en première ligne d’une bataille invisible mais déterminante pour l’avenir de leur communauté, la lutte contre les fake news en RDC.
Comment une simple information, non vérifiée, peut-elle mettre le feu aux poudres dans une région déjà sous tension ? C’est la question centrale qui a animé cet atelier de formation pour la jeunesse de Kasenyi et de Bunia. Loin d’être un simple exercice académique, cette session s’est attaquée aux racines du mal : les mécanismes de la désinformation en Ituri, ses causes profondes, ses manifestations insidieuses et ses conséquences désastreuses. Les participants, conscients du poids de leur parole, sont repartis avec une mission : faire de la vérification rigoureuse des faits leur bouclier quotidien.
Pour les structures de jeunesse, cet engagement est un tournant. « Je peux descendre sur le terrain et voir comment sensibiliser d’autres personnes », affirme Joël Madhira. L’enjeu est de taille : mieux encadrer les membres, désamorcer les récits toxiques et prévenir la manipulation de l’opinion publique, souvent le prélude à des troubles et des discours de haine. Dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient chaque parole, disposer de relais formés et vigilants constitue une barrière essentielle pour la cohésion sociale.
Du côté des rédactions, cette formation MONUSCO sur la désinformation sonne comme un rappel à l’ordre et une opportunité de rectifier le tir. Christine Nziani, de la radio Tempête du Lac à Kasenyi, en témoigne avec franchise : « Il y avait des sources qui nous communiquaient des informations sans même faire de recherche. On se mettait directement au micro… » Cette pratique, hélas trop courante par le passé, a parfois contribué à exacerber les conflits locaux. Désormais, l’accent est mis sur une méthodologie rigoureuse : recouper, vérifier, contextualiser avant de diffuser. Il ne s’agit plus seulement de rapporter l’information, mais de garantir son intégrité.
Le défi est d’autant plus colossal qu’il dépasse le cadre traditionnel des médias. Stéphan Maganza, de la RTNC, pointe du doigt l’un des fronts les plus actifs : les plateformes numériques. Lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux est devenu une priorité absolue, face à la viralité dévastatrice des fausses nouvelles. Former des journalistes et des leaders d’opinion, c’est créer des digues de rationalité contre ce flot incessant.
L’impact de ces initiatives commence à se faire sentir. Avec environ mille personnes déjà formées par la MONUSCO dans la province, dont des étudiants et diverses couches de la population, les effets de la désinformation en Ituri sont en recul. Chaque participant devient un multiplicateur, un sentinelle qui veille au grain de l’information dans son quartier, son association ou sa station de radio. Dans une zone encore marquée par la présence de groupes armés, où la méfiance est souvent reine, restaurer la crédibilité de l’information, c’est participer à jeter les bases d’une paix durable.
Finalement, cette formation va bien au-delà du simple cadre professionnel. Elle touche au cœur même du vivre-ensemble. Dans une société où la parole a un pouvoir de vie ou de mort, apprendre à la maîtriser, à la questionner et à la responsabiliser est un acte civique fondamental. Les journalistes de Bunia et les jeunes de Kasenyi ne se sont pas contentés d’apprendre des techniques ; ils ont endossé une responsabilité collective. Celle de protéger leur communauté non pas avec des armes, mais avec la plus précieuse des munitions : des faits vérifiés. L’info n’est pas un jeu ; en Ituri, elle est une question de survie.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
