La crise sécuritaire dans l’est de la RDC connaît une recrudescence d’activités diplomatiques, où plusieurs capitales africaines et au-delà tentent de reprendre la main sur un dossier complexe et éminemment sensible. Alors que les négociations directes entre le gouvernement congolais et le groupe politico-militaire AFC/M23 sont dans l’impasse depuis des mois, une multiplication des canaux de dialogue et des initiatives parallèles dessine une géopolitique de la médiation aussi touffue que fragile.
Au cœur de cette effervescence, un récent entretien téléphonique entre le chef de la diplomatie qatarienne, Cheikh Mohammed ben Abdulrahman Al-Thani, et son homologue angolais, Tete António, a relancé les spéculations. Doha, qui s’est imposé comme un acteur clé du processus de paix dans les Grands Lacs, y a réaffirmé son attachement au règlement pacifique des différends. Cette déclaration de principe intervient dans un contexte où les six protocoles destinés à compléter l’accord-cadre avec l’AFC/M23 restent lettre morte, laissant planer le doute sur la volonté réelle des parties de débloquer la situation.
Dans le même temps, l’Angola, après avoir officiellement quitté son rôle de médiateur en mars 2025, effectue un retour remarqué et pour le moins discret. Le président João Lourenço a reçu à deux reprises en moins d’un mois son homologue congolais Félix Tshisekedi, un rythme de consultations bilatérales qui interroge. Selon des sources proches de la présidence congolaise, Luanda a soumis plusieurs propositions à Kinshasa concernant la crise sécuritaire est RDC. Le gouvernement congolais a pris acte sans s’engager, adoptant une posture de prudence qui en dit long sur les méfiances persistantes.
La médiation Angola RDC Rwanda semble ainsi renaître de ses cendres, mais sous une forme plus élargie et moins formalisée. Luanda a, en effet, engagé des consultations avec presque toutes les parties prenantes, y compris l’ancien président Joseph Kabila, reçu fin décembre, et le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, qui a demandé par écrit des clarifications sur la nature de l’initiative angolaise. Parallèlement, l’Angola a jugé nécessaire de rassurer le Qatar sur ses intentions, signe que la diplomatie Qatar Congo reste un axe influent que personne ne peut ignorer.
C’est dans ce paysage déjà encombré que le Togo fait son entrée en scène. Le président Faure Gnassingbé, désormais médiateur désigné par l’Union africaine pour ce conflit, a invité son homologue congolais à Lomé pour une séance de travail dédiée aux efforts de paix. Ce déplacement bref mais symbolique marque la volonté de Lomé de « faire bouger les lignes », selon des sources diplomatiques. Le Togo prévoit d’organiser le 17 janvier 2026 une réunion de haut niveau visant à assurer la cohérence et à consolider le processus de paix Grands Lacs. Cette initiative s’inscrit dans la lignée de la conférence de Paris d’octobre 2025, qui avait mobilisé des fonds considérables pour la région, mais dont l’impact politique concret reste à démontrer.
Que révèle cette surenchère diplomatique ? D’abord, l’incapacité des mécanismes existants à produire une paix durable. Ensuite, la tentation pour le pouvoir congolais de jouer sur plusieurs tableaux, multipliant les interlocuteurs pour éviter de s’enfermer dans un cadre unique. Mais cette stratégie comporte des risques : la dilution des responsabilités, la confusion des messages et, in fine, l’affaiblissement de la position de Kinshasa face à des acteurs non étatiques qui savent tirer profit de ces divisions.
Le président Tshisekedi, en multipliant les voyages à Luanda et à Lomé, mise sur la diplomatie africaine pour trouver une issue. Cependant, l’absence de décision immédiate après ces consultations laisse sceptique. La Togo médiation RDC pourra-t-elle réussir là où d’autres ont échoué ? La question reste entière. La réunion du 17 janvier sera un premier test, mais elle devra surmonter l’héritage de méfiance et la concurrence entre médiateurs pour espérer relancer un dialogue crédible.
À l’heure où la population de l’Est continue de souffrir, la multiplication des initiatives diplomatiques ne doit pas servir d’alibi à l’inaction. Le défi pour le Togo, et pour l’ensemble de la communauté internationale, est de transformer cette agitation en actions concrètes. Sinon, cette nouvelle phase de médiation Angola RDC Rwanda et au-delà ne sera qu’un énième chapitre dans une longue histoire de promesses non tenues.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
