Une opération policière d’envergure, baptisée « Ndobo », a abouti à la présentation, ce samedi 10 janvier à Lubumbashi, de neuf individus. Sept présumés bandits de grand chemin et deux femmes accusées de recel ont été exhibés devant la presse. Selon les autorités du Haut-Katanga, ce groupe, activement recherché depuis des semaines, représente un réseau criminel majeur démantelé.
Parmi les suspects présentés, un individu répondant au surnom de « Jaguar » est au cœur des accusations les plus graves. La police RDC l’accuse formellement d’avoir abattu un militaire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). L’arme de service du soldat, une preuve matérielle de poids, figure parmi le vaste arsenal et le butin saisis lors des interpellations.
L’opération, menée avec célérité, a permis la saisie de trois fusils d’assaut AK-47, de sept chargeurs garnis, et d’une quantité importante de munitions. Au-delà de l’armement, les biens retrouvés témoignent de l’ampleur des méfaits : des ordinateurs portables, vingt-cinq téléphones cellulaires, des congélateurs, des montres de valeur et une grande quantité d’alcools forts. Tous ces objets, selon l’enquête, proviendraient de vols qualifiés perpétrés dans diverses alimentations de la région.
Le lieu de l’arrestation est tout aussi significatif que la prise elle-même. Les bandits ont été cueillis au cœur du camp militaire Major Vangu de Lubumbashi, dans la maison d’une certaine Madame Tshibalonza Mwape, alias « Faux Mère ». Ce détail interpelle : comment un tel réseau pouvait-il opérer en toute impunité à l’intérieur même d’une enceinte sécuritaire ? Les enquêteurs dépeignent cette femme comme le point névralgique du groupe, un lieu de repli et de planification habituel.
« Faux Mère » n’en est pas à son premier fait d’armes. La police la qualifie de multirécidiviste, maintes fois interpellée pour recel d’objets volés et hébergement de malfaiteurs, mais systématiquement relâchée. Son cas soulève des questions pressantes sur les failles potentielles du système judiciaire face à la récidive. Cette fois, les charges semblent suffisamment lourdes pour éviter un nouvel échec.
Les accusations portées contre le groupe sont à la mesure de leurs activités présumées. La liste est longue et accablante : vol qualifié, meurtre, association de malfaiteurs, et détention illégale d’armes de guerre et de munitions. Le meurtre du militaire des FARDC donne une dimension particulièrement grave au dossier, touchant directement à la sécurité de l’État.
Le réseau ne se cantonnait pas à la capitale du Katanga. Les investigations suggèrent une zone d’action étendue à plusieurs provinces. Les présumés bandits sont suspectés d’avoir sévi à Kalemie, Kolwezi, Fungurume, mais aussi à Mbuji-Mayi, Likasi, Kasumbalesa et Kambove. Cette mobilité géographique illustre le caractère organisé et dangereux de la bande, capable d’opérer sur un large territoire.
Quelles sont les implications sécuritaires d’un tel démantèlement ? L’opération Ndobo représente-t-elle un coup d’arrêt significatif à la criminalité violente dans le Haut-Katanga ? Si les forces de l’ordre saluent une réussite majeure, l’ampleur des activités décrites laisse supposer l’existence d’autres maillons du réseau, encore en liberté. La découverte de l’arme du militaire assassiné ouvre également une pensive enquête sur d’éventuels autres crimes non encore élucidés.
La présentation des suspects marque une étape, mais la suite judiciaire sera déterminante. Les autorités policières ont transmis le dossier au parquet, soulignant l’importance de garantir cette fois une procédure aboutie. L’arrestation de ces individus, dont un accusé d’avoir porté atteinte à la vie d’un soldat, est un message fort. Reste à savoir si le système pourra transformer cette mise hors circuit temporaire en condamnation définitive, brisant ainsi le cycle de l’impunité qui semble avoir profité à certains comme « Faux Mère ».
Cette affaire, au-delà du simple fait divers, met en lumière les défis complexes de la lutte contre le banditisme organisé en RDC. Elle mêle violence armée, recel, mobilité des criminels et questions sur l’efficacité de la chaîne pénale. Le succès de l’opération Ndobo à Lubumbashi sera véritablement mesuré à l’aune des verdicts qui en découleront et de la capacité à prévenir la reconstitution de telles associations malfaisantes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
