Le ministère du Commerce extérieur procède à une purge salutaire des entraves douanières dans l’Est de la République démocratique du Congo. Par décision du ministre Julien Paluku Kahongya, la perception illégale de 10 dollars américains par tonne, imposée depuis 2016 par l’Office congolais de contrôle (OCC) sur le cacao et le café transitant entre l’Ituri et le Nord-Kivu, est définitivement supprimée. Cette mesure, vivement réclamée par les opérateurs économiques, marque un tournant dans l’assainissement du climat des affaires et vise à doper la compétitivité des produits congolais sur les marchés internationaux.
Comment une taxe illégale a-t-elle pu peser pendant près de huit ans sur une filière cruciale pour l’économie des provinces orientales ? Instaurée en 2016, cette redevance de 10 $ par tonne était prélevée à chaque traversée des produits agricoles exportés de l’Ituri vers le Nord-Kivu, principal point de sortie vers les ports internationaux. Malgré les dénonciations répétées des exportateurs et de leurs associations, cette pratique a constitué une charge financière opaque, grevant la trésorerie des entreprises et altérant la rentabilité de la filière. Le président national de l’Association des exportateurs de cacao, café et autres produits agricoles (ASSECCAF), Benjamin Kakule Munzenda, n’a pas manqué de souligner le caractère anticoncurrentiel de cette taxe, qualifiée de « violation des lois de la République ».
L’impact économique de cette suppression de la taxe OCC est immédiat et significatif. Pour les exportateurs, c’est un soulagement financier direct qui améliore la santé de leurs sociétés. En allégeant les coûts de transaction et de transport, cette décision redonne du souffle à une filière agricole stratégique, souvent décrite comme le poumon économique de l’Est congolais. La mesure renforce ainsi la compétitivité des produits congolais, notamment le cacao et le café, qui pourront désormais affronter les marchés mondiaux avec des prix plus attractifs. Cette avancée concrète répond aux attentes des opérateurs et s’inscrit dans une logique de rétablissement de la confiance entre l’État et le secteur privé.
Au-delà de l’aspect financier, cette initiative du ministre Julien Paluku s’inscrit dans une dynamique plus large de consolidation et de formalisation du commerce extérieur congolais. Elle traduit une volonté politique affirmée d’éliminer les barrières non tarifaires et les pratiques arbitraires qui entravent la libre circulation des biens. Cette rationalisation des procédures est un signal fort envoyé aux investisseurs, nationaux et étrangers, sur la détermination des autorités à créer un environnement des affaires plus transparent et prévisible. Une question se pose désormais : cette décision fera-t-elle jurisprudence pour éradiquer d’autres prélèvements illicites similaires à travers le territoire national ?
Cette réforme trouve également un écho favorable dans le cadre des engagements internationaux de la RDC. Le ministère rappelle que la suppression de cette taxe répond aux exigences de l’Accord sur la facilitation des échanges de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ratifié par le pays en juillet dernier. Cet accord promeut la fluidité des échanges et condamne les pratiques contraires aux règles du commerce international. En s’y conformant, la RDC non seulement respecte ses obligations, mais positionne également son économie pour une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Cette adhésion aux standards internationaux est un pari sur l’avenir pour diversifier une économie encore trop dépendante du secteur minier.
La levée de cette taxe illégale sur les exportations du Nord-Kivu et de l’Ituri représente donc bien plus qu’une simple mesure administrative. Elle est le symbole d’une gouvernance économique en mutation, qui place la compétitivité et la légalité au cœur de ses priorités. Les effets positifs attendus sur la santé des entreprises et le volume des exportations agricoles pourraient servir de catalyseur pour d’autres réformes structurelles. À terme, c’est toute la filière agricole d’exportation congolaise qui pourrait renaître, contribuant ainsi à une croissance plus inclusive et résiliente pour les provinces de l’Est et pour l’ensemble du pays.
Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net
