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RDC : l’ONU accuse l’AFC-M23 et le Rwanda de remodelage démographique forcé

Les faits sont têtus et les rapports onusiens, implacables. Dans l’est de la République démocratique du Congo, une opération de remodelage démographique de grande ampleur serait en cours. Pilotée par l’armée rwandaise (RDF) et le groupe rebelle AFC-M23, cette stratégie vise délibérément à altérer la composition ethnique et le peuplement de territoires clés du Nord-Kivu. Selon les experts des Nations Unies, cette manœuvre passe par des méthodes systématiques et violentes : déplacements forcés de populations, destructions d’archives d’État et remplacement illégal des autorités traditionnelles.

Un rapport à mi-parcours du Conseil de sécurité de l’ONU, publié en janvier 2026, tire la sonnette d’alarme. Il documente comment les opérations conjointes des RDF et de l’AFC-M23, ciblant les communautés soupçonnées de liens avec les FDLR, se sont traduites par l’expulsion forcée de populations majoritairement hutues. Pour l’organisation internationale, ces actions ne laissent guère de doute : elles constituent « une tentative intentionnelle de remodeler la démographie locale ». Cette accusation grave s’ajoute à un lourd bilan de violations des droits de l’homme, incluant exécutions sommaires, arrestations arbitraires et incendies de villages entiers.

Le mécanisme de ce remodelage forcé a été précisément décortiqué. En mai 2025, l’AFC-M23 a rassemblé de force plus de 2 000 civils dans des abris collectifs autour de Goma et Sake. Issus pour la plupart de villages situés près du parc des Virunga, ces civils hutues avaient déjà été déplacés une première fois en février. Sous supervision armée, ils ont été conduits au centre de transit du HCR à Goma. Entre le 17 et le 22 mai, 1 798 d’entre eux ont été transférés vers le Rwanda. L’AFC-M23 a présenté l’opération comme un retour volontaire de ressortissants rwandais. La réalité, selon l’ONU, est tout autre.

Les conditions d’un retour libre et éclairé n’étaient absolument pas réunies. Les personnes concernées n’ont pas eu la possibilité de contester leur prétendue nationalité rwandaise ou de refuser le transfert. Les hommes accusés, souvent sans preuve, d’appartenir aux FDLR ont été séparés de force de leurs familles. Pire, le point focal de l’AFC-M23 pour les affaires humanitaires, Chantal Murekatete Kayitaba, a menacé le personnel du HCR de passer outre les procédures de vérification. Comment, dans un tel climat de coercition, pourrait-on parler de volontariat ?

Ce mouvement unidirectionnel de populations hutues vers le Rwanda n’est qu’une face de la médaille. Parallèlement, les RDF et l’AFC-M23 facilitent le retour clandestin de prétendus réfugiés congolais tutsis depuis le Rwanda vers les territoires de Nyiragongo, Masisi et Rutshuru. Ces transferts s’effectuent en toute opacité, sans la moindre coordination avec les autorités congolaises et en excluant le HCR du processus. Cette dynamique à double sens vise-t-elle à vider certaines zones de leurs habitants historiques pour les repeupler selon des critères ethniques favorables aux intérêts de Kigali et de ses proxies ?

Pour consolider ce bouleversement, l’AFC-M23 s’attaque aux fondements de l’administration locale. Le remplacement des chefs coutumiers légalement installés par des affidés et la destruction systématique des archives de l’État, notamment des titres fonciers, sont des pratiques délibérées. Elles permettent au groupe armé de prendre le contrôle total de la gestion des terres et de l’appareil décisionnel local. Ainsi, les changements démographiques et de propriété deviennent irréversibles, gravant dans le marbre les nouveaux rapports de force. Les déplacements forcés en RDC prennent ici une dimension particulièrement sinistre, celle d’une ingérence profonde dans le tissu social et le droit à la terre.

Le président congolais Félix Tshisekedi avait, dès décembre 2024, dénoncé cette stratégie de dépeuplement suivi de repeuplement par des populations étrangères. Il y voyait une menace directe contre la souveraineté nationale, l’équilibre démographique et la cohésion sociale, exigeant une « réponse urgente et coordonnée ». Les récents rapports de l’ONU lui donnent tragiquement raison. Le conflit latent entre la RDC et le Rwanda dépasse le cadre militaire pour embrasser une guerre démographique et administrative.

Les conséquences humanitaires sont désastreuses. Des milliers de familles sont brisées, déracinées, privées de leurs biens et de leur histoire. La destruction des archives efface la mémoire collective et les preuves de propriété, plongeant les communautés dans une insécurité juridique totale. Les violations flagrantes des droits de l’homme dans le Nord-Kivu, documentées par les Nations Unies, créent un climat de terreur propice à ces manipulations. La communauté internationale peut-elle se contenter d’observer, alors que les fondements d’un État sont méthodiquement sapés ?

La réponse à cette crise multidimensionnelle exige plus que des condamnations verbales. Elle nécessite une pression internationale accrue sur le Rwanda pour qu’il cesse son soutien à l’AFC-M23 et mette fin à cette ingérence. Elle appelle au renforcement des mécanismes de protection des civils et à un soutien concret aux institutions congolaises pour rétablir l’état de droit dans les zones affectées. L’enjeu est la préservation de l’intégrité territoriale et démographique de la République démocratique du Congo, condition sine qua non d’une paix durable dans la région des Grands Lacs.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net

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