Une mesure sécuritaire d’envergure vient de frapper les grandes agglomérations du Nord-Kivu. Les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), connus sous le nom de Wazalendo, se voient désormais interdire le port d’armes en milieu urbain. Cette décision, radicale, émane directement du gouverneur militaire de la province, le général-major Evariste Kakule Somo. Elle a été formellement communiquée ce vendredi 9 janvier 2026 lors d’une réunion cruciale tenue à Butembo, épicentre des préoccupations sécuritaires dans l’est de la République Démocratique du Congo.
L’objectif est clair : restaurer un climat de sérénité dans des villes souvent marquées par la présence ostentatoire d’hommes en armes. Le général-major Somo a, lors de cette rencontre, martelé la nécessité de distinguer la zone des combats de l’espace public civil. Cette interdiction de circuler avec des armes dans le Nord-Kivu vise précisément à prévenir tout incident, toute tension inutile au sein de la population. Une population qui, il faut le rappeler, vit déjà sous la pression constante de la menace des groupes armés.
La réaction des principaux concernés a été immédiate et, fait notable, positive. Par la voix de leur porte-parole, John Mangaiko, la synergie des VDP Wazalendo a accueilli favorablement la directive du gouverneur militaire. Mangaiko a salué une mesure « visant à préserver la paix » et a rassuré sur l’encadrement strict de toutes les troupes. « C’était pour nous sensibiliser afin que la paix et la sécurité règnent, que nous puissions cesser de circuler avec des armes dans les milieux où se trouve la population, et encadrer nos troupes pour des raisons de paix », a-t-il déclaré. Cette posture collaborative est perçue comme un signal fort de la part de ces auxiliaires des Forces Armées de la RDC.
Mais quelle est la portée réelle de cette interdiction d’armes ? Cette question se pose dans un contexte sécuritaire extrêmement volatile. La province du Nord-Kivu reste le théâtre d’affrontements récurrents avec divers groupes armés, au premier rang desquels le M23, activement soutenu selon Kinshasa et les experts de l’ONU par l’armée rwandaise. Les VDP Wazalendo, recrutés localement pour soutenir l’armée régulière, sont souvent en première ligne. Leur retrait des armes des centres urbains comme Butembo répond-il à une logique de sécurisation ou à une volonté de mieux les contrôler ?
Les analystes voient dans cette annonce du gouverneur militaire Evariste Kakule Somo une tentative de normaliser la sécurité dans les zones sous contrôle gouvernemental. Il s’agit d’affirmer le monopole de la force légitime dans les villes, tout en canalisant l’action des milices populaires vers les fronts de combat bien identifiés. Pour les habitants de Butembo et d’ailleurs, cette décision pourrait effectivement contribuer à réduire les risques de violences accidentelles ou de règlements de comptes. La sécurité à Butembo et dans les autres grandes villes passe aussi par une démilitarisation relative de l’espace public.
Dans le même temps, les VDP ont réaffirmé leur engagement total aux côtés du gouvernement congolais et des FARDC. Leur mission cardinale, rappellent-ils, reste la restauration de l’autorité de l’État dans les zones occupées par les groupes armés. L’interdiction de circuler avec leurs armes en ville ne semble donc pas remettre en cause leur rôle opérationnel en périphérie ou dans les zones rurales en proie à l’activisme du M23. Cette mesure de restriction apparaît ainsi comme un ajustement tactique plutôt qu’une remise en cause fondamentale.
Cette initiative du gouverneur militaire marque-t-elle un tournant dans la gestion des forces supplétives dans l’Est ? La réponse se construira dans les prochaines semaines à l’aune de son application sur le terrain. L’efficacité du dispositif dépendra de la capacité des autorités à faire respecter cette consigne et à assurer un encadrement strict des Wazalendo, comme promis par leur porte-parole. Le défi est de taille : maintenir la cohésion et l’efficacité de ces combattants tout en préservant la quiétude des civils dans les centres urbains.
Le bilan, pour l’heure, est celui d’une décision courageuse et attendue. Elle intervient dans un climat où la prolifération des armes légères constitue une menace permanente pour la sécurité des civils. En ciblant spécifiquement la circulation des armes des VDP Wazalendo dans le Nord-Kivu, les autorités militaires tentent de tracer une ligne claire entre l’état de guerre et la vie civile. La suite relèvera de la vigilance et de la coopération de toutes les parties prenantes. La lutte contre les groupes armés, dont le M23, nécessite une unité d’action, mais elle ne peut se faire au détriment de la sécurité quotidienne des Congolais dans leurs propres villes. La mesure est donc un pari sur l’ordre et la discipline, deux piliers essentiels pour envisager une paix durable dans la région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
