Pour la deuxième fois en une semaine, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a effectué une visite éclair à Luanda, capitale de l’Angola. Reçu par son homologue et président en exercice de l’Union africaine, João Lourenço, cette rencontre du 8 janvier 2026 a placé la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC au centre des préoccupations. Les deux dirigeants ont passé en revue les initiatives diplomatiques en cours, principalement le processus de Washington et le processus de Doha, deux voies parallèles censées ramener la paix dans l’Est de la RDC. Cependant, derrière les déclarations officielles, une inquiétude palpable perce quant à la paralysie des efforts de paix et à l’aggravation des combats.
Le contexte est celui d’une détérioration alarmante. Malgré la signature formelle d’accords sous l’égide de Washington entre Kinshasa et Kigali, et les pourparlers de Doha avec la rébellion M23, le terrain reste le théâtre d’affrontements violents. L’AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon les autorités congolaises et plusieurs rapports internationaux, continue de défier les Forces armées de la RDC (FARDC). Cette contradiction entre les avancées diplomatiques sur le papier et la réalité militaire soulève une question fondamentale : pourquoi les processus de Washington et de Doha peinent-ils tant à produire des effets concrets ?
À l’issue d’un tête-à-tête, c’est par la voix de son secrétaire aux Affaires diplomatiques, Victor Lima, que le président João Lourenço a fait part de sa « profonde inquiétude ». Le président angolais, dont le pays assure une médiation historique dans la région des Grands Lacs, a pointé du doigt les conséquences désastreuses de la situation sur le plan humanitaire. Mais surtout, il a mis en garde contre les risques que cette stagnation fait peser sur les efforts internationaux, notamment ceux du Conseil de sécurité des Nations unies. Son appel a été sans ambiguïté : cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, et respect des engagements signés par toutes les parties, y compris le Rwanda et le M23.
Cet appel pressant de João Lourenço intervient alors que chaque initiative semble s’enliser. Le processus de Washington, relancé sous l’administration Trump, a abouti à des signatures mais bute sur leur mise en œuvre, Kinshasa et Kigali s’accusant mutuellement de mauvaise foi. De l’autre côté, les discussions de Doha, qui visent une résolution plus structurelle du conflit avec le M23, sont dans une impasse. Des documents clés comme le mécanisme de cessez-le-feu ou l’accord-cadre signé récemment restent lettre morte. Cette inertie nourrit un cycle vicieux : l’absence de progrès politiques légitime la reprise des hostilités, et les combats affaiblissent d’autant plus la crédibilité des pourparlers.
La visite répétée de Félix Tshisekedi en Angola souligne le rôle pivot que Luanda tente de jouer. En tant que président en exercice de l’UA, João Lourenço cherche à remobiliser la communauté internationale autour de la crise congolaise. Son plaidoyer pour une union des acteurs internationaux est un indicateur du sentiment que les solutions purement bilatérales ou régionales ont montré leurs limites. Mais cet activisme diplomatique peut-il compenser l’absence de volonté politique locale ? La réponse des parties prenantes directes, en particulier du Rwanda et des rebelles du M23, reste à démontrer.
Sur le front interne, un autre point de friction persiste : le dialogue national. Réclamé par de nombreux acteurs politiques et sociaux congolais comme un complément indispensable aux négociations avec l’extérieur, il tarde à être convoqué. Le président Tshisekedi maintient fermement que toute initiative en la matière relève de sa seule prérogative, malgré les propositions de feuilles de route émanant notamment des confessions religieuses. Cette réticence ajoute une couche de complexité à la recherche de la paix dans l’Est de la RDC, en laissant de côté des questions cruciales de gouvernance et d’inclusion qui sont au cœur du conflit.
En définitive, la rencontre de Luanda a davantage mis en lumière les blocages qu’elle n’a apporté de solutions immédiates. Elle a servi de caisse de résonance à l’urgence, portée par la voix du président angolais. Les appels à la cessation des hostilités et au respect des accords sont clairs. Pourtant, sans un changement de paradigme et une pression internationale plus coordonnée et plus ferme, les processus de Washington et de Doha risquent de rester des coquilles vides. La balle est désormais dans le camp des belligérants. La communauté internationale, sous l’impulsion de l’Union africaine, saura-t-elle forcer le passage d’une diplomatie des signatures à une paix tangible pour les populations de l’Est congolais ? L’avenir proche, sur le terrain militaire et autour des tables de négociation, apportera une réponse cruciale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
