27.2 C
Kinshasa
vendredi, janvier 9, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéPolitiqueTshisekedi à Luanda : la paix en RDC au cœur d'une diplomatie...

Tshisekedi à Luanda : la paix en RDC au cœur d’une diplomatie sous tension

Dans un contexte de dégradation sécuritaire alarmante dans l’est de la République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a effectué, jeudi, une nouvelle visite de travail à Luanda. Convié par son homologue angolais João Lourenço, qui assure également la présidence en exercice de l’Union africaine, cette rencontre bilatérale s’inscrit dans une séquence diplomatique frénétique. L’objet avoué ? Examiner les initiatives visant un rétablissement durable de la paix dans l’est de la RDC, théâtre d’un conflit asymétrique qui mine la stabilité régionale depuis des décennies. Mais cette diplomatie shuttles, aussi nécessaire soit-elle, peut-elle réellement infléchir le cours des événements sur un terrain où les armes semblent avoir toujours le dernier mot ?

Cette visite, qui fait suite à un premier entretien entre les deux chefs d’État le 4 janvier dernier dans la capitale angolaise, révèle la persistance d’une stratégie fondée sur la médiation régionale. Selon les communiqués officiels, les échanges ont porté sur les processus de Washington et de Doha, deux cadres internationaux dont l’efficacité est aujourd’hui ouvertement questionnée. Le président Tshisekedi a salué des propositions « très intéressantes » de son homologue, jugées susceptibles « d’apporter beaucoup » à la recherche d’une solution pacifique. Pourtant, dans le même souffle, il a rappelé l’amère réalité : la RDC fait face à « une guerre qui nous a été imposée ». Cette dualité du discours – entre ouverture diplomatique et constat d’agression – traduit le dilemme auquel est confronté Kinshasa.

La situation sur le ground, en effet, ne cesse de se détériorer. L’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), que les autorités congolaises accusent d’être soutenue militairement et logistiquement par le Rwanda, a récemment consolidé son emprise en s’emparant de la ville stratégique d’Uvira, dans le Sud-Kivu. Cette avancée, perçue comme un verrou ouvrant la voie vers le Grand Katanga, représente un revers significatif pour les Forces armées de la RDC (FARDC) et un camouflet pour les accords de Washington, entérinés sous l’égide des États-Unis. Comment interpréter, dès lors, cette intensification des combats au lendemain même de la signature d’accords censés apaiser les tensions ? La rébellion, sous pression internationale, a certes annoncé un retrait unilatéral d’Uvira, mais Kinshasa accueille cette déclaration avec un scepticisme teinté de méfiance.

La multiplication des consultations régionales par le président Tshisekedi, incluant l’envoi d’émissaires à Brazzaville auprès du président Denis Sassou Nguesso, illustre une volonté de maintenir tous les canaux ouverts. Cependant, l’architecture de paix semble fragile. Les processus de Washington et de Doha peinent à produire des effets concrets sur le terrain, tandis que la rébellion semble jouir d’une impunité opérationnelle. La communauté internationale, par la voix des États-Unis lors d’une récente réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, appelle au retrait des forces de l’AFC/M23 à au moins 75 kilomètres d’Uvira. Une exigence qui sonne comme un aveu de l’incapacité des mécanismes actuels à contraindre les acteurs non étatiques.

Dans l’ombre de ces manœuvres diplomatiques, une crise humanitaire d’une ampleur considérable se déploie. Les déplacements massifs de populations fuyant les combats vers le Burundi voisin ajoutent une dimension tragique à ce conflit complexe. La paix dans l’est de la RDC n’est pas seulement un enjeu géopolitique ; elle est une condition sine qua non pour des millions de civils pris au piège des violences. Les initiatives discutées à Luanda par les présidents Tshisekedi et Lourenço parviendront-elles à traduire en actions les principes énoncés dans les capitales étrangères ?

L’attention se porte désormais sur Livingstone, en Zambie, où se tient du 8 au 10 janvier une réunion ministérielle régionale de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Douze ministres de la Défense et chefs d’état-major des pays membres y sont attendus. Ce forum pourrait-il constituer le creuset d’une réponse militaire coordonnée, ou n’ajoutera-t-il qu’une autre couche à un empilement d’initiatives souvent déconnectées des réalités du terrain ? La présidence angolaise de l’UA, détenue par João Lourenço, confère à ces discussions un poids particulier, mais aussi une responsabilité accrue.

En définitive, la visite de travail de Félix Tshisekedi à Luanda s’apparente à un mouvement nécessaire dans un jeu d’échecs régional extrêmement périlleux. Elle témoigne de la recherche persistante d’une solution africaine à une crise africaine. Pourtant, l’écart entre les pourparlers dans les palais présidentiels et l’avancée des groupes armés sur le terrain interroge sur l’efficacité réelle de cette diplomatie. Le président congolais joue gros : son crédit politique est intimement lié à sa capacité à ramener la paix dans l’est. Les prochaines semaines, marquées par la tenue de la réunion de Livingstone et la mise à l’épreuve des annonces de retrait rebelle, seront décisives. La paix dans l’est de la RDC se construira-t-elle à Luanda, Washington ou Doha, ou dans les collines du Kivu ? La question reste entière, et la réponse, plus urgente que jamais.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 08 Janvier 2026

Tshisekedi à Luanda, l’UA exige le retrait du M23, sécurité renforcée avec la Zambie, nouveau naufrage mortel à Bolomba, Bulungu menacée par l’érosion, drame à Isangi et Michel Kuka mis à l’honneur : l’essentiel de l’actualité congolaise du 8 janvier 2026 en 3 minutes.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques