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Naufrage mortel à Bolomba : le fleuve Congo, une artère vitale devenue cimetière liquide

« Je me suis réveillé dans l’eau, avec les cris et le bruit du bois qui se brise. C’était la panique totale, les ténèbres, on ne voyait rien. » Ce témoignage glaçant d’un rescapé résume l’horreur vécue dans la nuit du 5 au 6 janvier 2026 sur le fleuve Congo. Entre la chefferie de Dianga et le village de Bokuma, dans le territoire de Bolomba en province de l’Équateur, une collision entre une pirogue motorisée surchargée et une baleinière immatriculée H/B Zulu a transformé les eaux du fleuve en piège mortel. Le bilan provisoire fait froid dans le dos : au moins six morts, soixante-treize rescapés et plusieurs disparus, tandis que des marchandises vitales pour les communautés locales ont été englouties. Comment en est-on arrivé, une fois de plus, à un tel drame sur les voies navigables congolaises ?

Le drame de Bolomba s’inscrit malheureusement dans une longue liste noire. À peine deux semaines plus tôt, le 20 décembre 2025, le H/B Mbeya Mbeya faisait naufrage près de Mbandaka, causant la mort de dix personnes. Une enquête avait alors pointé du doigt la surcharge et l’absence criante de gilets de sauvetage. En remontant le temps, les souvenirs sont encore plus douloureux : le 11 septembre 2025, deux accidents distincts à Basankusu et Ngombe avaient fait près de deux cents victimes. Et qui peut oublier l’incendie du 15 avril 2025, au large de Mbandaka, qui avait entraîné la disparition d’une centaine de personnes ? Ces tragédies à répétition dessinent la carte d’une insécurité fluviale endémique dans la région de l’Équateur.

Les causes de ces drames sont connues et dénoncées depuis des années par les organisations de la société civile, comme le Panel des experts de l’Équateur qui a communiqué sur ce dernier naufrage sur le fleuve Congo. La trinité infernale reste inchangée : la surcharge des embarcations, la navigation nocturne pratiquée malgré les interdictions, et l’absence systématique d’équipements de sécurité de base. Les pirogues, vitales pour le transport des personnes et des biens, se transforment en cercueils flottants dès que les conditions deviennent difficiles. La nuit, sur un fleuve aux courants puissants et parsemé d’obstacles, le risque est démultiplié. Pourquoi les leçons des précédents accidents ne sont-elles jamais tirées ?

La situation des survivants du dernier accident maritime dans l’Équateur illustre l’absence de prise en charge systémique. Plusieurs rescapés, arrivés à Mbandaka, se retrouvent bloqués, sans ressources, incapables de regagner Bolomba. Ils ont perdu leurs proches, leurs biens, et se heurtent maintenant à l’indifférence et au manque de structures d’accueil. Ces difficultés ajoutent une couche de détresse psychologique et matérielle à un traumatisme déjà immense. Leur calvaire continue alors même qu’ils ont échappé à la noyade.

Face à cette hécatombe récurrente, les autorités ont pourtant pris des mesures. L’interdiction de la navigation nocturne sur le Congo et l’obligation de disposer de gilets de sauvetage sont des textes officiels. Mais sur le terrain, leur application reste lettre morte, comme le déplorent ouvertement des élus provinciaux. Le contrôle est quasi inexistant, les sanctions sont rares, et la pression économique pousse les opérateurs à maximiser leurs cargaisons au mépris de toute sécurité fluviale à Bolomba et ailleurs. La survie au quotidien prime trop souvent sur les considérations de prudence.

Le fleuve Congo, artère vitale pour des millions de Congolais, ne peut et ne doit pas rester un cimetière liquide. Chaque surcharge d’une pirogue en RDC est un pari risqué avec des vies humaines. Derrière les statistiques macabres, il y a des familles décimées, des communautés endeuillées et un développement entravé. La régularité des accidents interpelle sur la gouvernance des transports, la priorité accordée à la sécurité des citoyens et la capacité de l’État à faire respecter ses propres lois. Jusqu’à quand devrons-nous compter les morts après chaque traversée ? L’urgence n’est plus de dresser un constat, mais d’imposer une véritable culture de la sécurité sur l’ensemble du réseau fluvial. La vie des Congolais qui empruntent le fleuve chaque jour vaut bien plus qu’une place sur une embarcation bondée.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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