La question sécuritaire sur l’axe stratégique Kasumbalesa-Kolwezi a conduit à une réunion de haut niveau, mardi 6 janvier à Kinshasa. Le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemin Shabani, s’est entretenu avec l’ambassadeur de Zambie en République Démocratique du Congo. L’objet des discussions : la vague d’attaques ciblant les transporteurs zambiens et la nécessité impérieuse de sécuriser cet axe vital pour les échanges économiques régionaux.
L’engagement des autorités congolaises a été réaffirmé avec force. Jacquemin Shabani a garanti à son homologue zambien la détermination du gouvernement à éradiquer ces actes de banditisme et à assurer la protection des biens et des personnes. Cette promesse intervient alors que le phénomène des coupeurs de route menace non seulement la libre circulation, mais aussi la stabilité économique d’une région riche en minerais. Comment une telle insécurité peut-elle persister sur une route aussi cruciale pour le commerce transfrontalier ?
La rencontre s’inscrit dans le cadre des préparatifs de la prochaine Commission mixte Défense et Sécurité entre la RDC et la Zambie. Cette instance bilatérale, dont la tenue est prévue prochainement à Lubumbashi dans le Haut-Katanga, aura pour mission prioritaire de trouver des solutions concrètes et durables. L’ambassadeur Kosita a confirmé l’importance de ces travaux, soulignant la récurrence de cette problématique dans les dialogues entre les deux nations.
Le problème, en effet, n’est pas nouveau. La sécurité des transporteurs en provenance d’Afrique australe, et particulièrement de Zambie, constitue un dossier récurrent des commissions mixtes. Les rapports font état d’attaques répétées, de vols de marchandises – notamment des cathodes de cuivre – et de violences entraînant parfois la mort des chauffeurs. Ces incidents créent un climat de défiance et paralysent partiellement le trafic commercial. La route Kasumbalesa-Kolwezi est-elle condamnée à rester un couloir de tous les dangers ?
Face à cette situation, les autorités provinciales congolaises ont déployé des dispositifs sécuritaires renforcés. Des efforts qui ont porté leurs fruits sur certains tronçons, comme la voie de contournement entre Kasumbalesa et Likasi, où l’activisme des bandits a notablement diminué. Cependant, cette accalmie relative contraste avec la recrudescence signalée sur l’axe Lubumbashi-Likasi. Sur cette portion, des camions sont régulièrement interceptés, détournés et intégralement dévalisés de leurs cargaisons de minerais. Les bandits semblent s’être adaptés et déplacés, déjouant les stratégies sécuritaires en place.
La persistance du phénomène explique pourquoi la Zambie maintient une pression diplomatique constante. Les transporteurs affectés ont, à plusieurs reprises, observé des mouvements de grève pour protester contre l’insécurité, perturbant davantage la chaîne logistique. Leurs revendications sont claires : une circulation libre et sécurisée sur le territoire congolais, conformément aux accords internationaux régissant le transport routier. Jusqu’où faudra-t-il aller pour rétablir une confiance aujourd’hui érodée ?
Au-delà des attaques pures, d’autres facteurs viennent compliquer le tableau. Le poste frontalier de Kasumbalesa est régulièrement le théâtre d’embouteillages monstres. Des files de poids lourds pouvant s’étirer sur plusieurs kilomètres, tant du côté congolais que zambien, créent des conditions propices aux délits et allongent considérablement les temps de transit. Cette congestion chronique handicape l’efficacité des contrôles et offre un terrain favorable aux activités criminelles. Parallèlement, la multiplication anarchique des barrières de contrôle sur la route grève encore la fluidité du trafic.
La commission mixte de Lubumbashi se présente donc comme une échéance cruciale. Elle devra impérativement dépasser le stade des déclarations d’intention pour aboutir à un plan d’action opérationnel et coordonné. La coopération entre les polices et les armées des deux pays apparaît comme une piste incontournable, tout comme la modernisation des infrastructures de contrôle à la frontière. La sécurisation des transporteurs d’Afrique australe en RDC n’est pas seulement une question de sécurité intérieure ; c’est un impératif économique et diplomatique.
Les attentes sont immenses de part et d’autre de la frontière. Les opérateurs économiques réclament des actes forts et des résultats tangibles. La prochaine réunion à Lubumbashi sera scrutée à la loupe. Son succès ou son échec aura des répercussions directes sur la viabilité de la route du cuivre et, plus largement, sur la crédibilité de la RDC en tant que partenaire commercial sûr. L’heure est à la responsabilité et à l’action concertée. La sécurité sur cet axe stratégique doit être rétablie, coûte que coûte.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
