La cité frontalière de Kasindi, dans la province du Nord-Kivu, est sous le choc après le décès d’au moins trois jeunes au cours du dernier trimestre de l’année 2025. Ces morts tragiques sont directement liées à la consommation incontrôlée de boissons fortement alcoolisées chez les adolescents et jeunes adultes, un phénomène qui alarme la société civile locale et interpelle les autorités sur un problème de santé publique majeur.
Comment expliquer cette tendance dangereuse ? Les boissons incriminées, souvent produites de manière artisanale ou importées sans aucun contrôle sanitaire, présentent des taux d’alcool (parfois supérieurs à 40°) extrêmement néfastes pour l’organisme. Pour un corps encore en développement, l’ingestion de telles substances équivaut à un empoisonnement aigu. L’alcool fort agit comme un dépresseur du système nerveux central, pouvant entraîner en quelques heures seulement une dépression respiratoire, un coma éthylique, et dans les cas les plus graves, le décès. Les symptômes d’une intoxication sévère – nausées, vomissements incoercibles, confusion, perte de conscience – doivent être considérés comme une urgence médicale absolue.
La situation à Kasindi, localité stratégique située à près de 90 kilomètres au nord-est de Beni, n’est malheureusement pas un cas isolé mais le reflet d’un problème de prolifération des boissons alcoolisées dans toute la région. La société civile du groupement Basongora a tiré la sonnette d’alarme, pointant du doigt une régulation défaillante et un accès facilité pour une jeunesse parfois en manque de repères. Paul Zaidi, rapporteur de cette structure, exprime une désolation partagée par de nombreux habitants : la vision des producteurs de ces breuvages ne serait « que celle de détruire la jeunesse congolaise ».
Au-delà du risque immédiat de décès, quelles sont les conséquences à long terme d’une telle consommation ? Une exposition régulière à l’alcool fort, surtout à un jeune âge, expose à des dommages hépatiques irréversibles (cirrhose), à des troubles neurologiques durables, à des problèmes cardiovasculaires et installe une dépendance rapide et difficile à traiter. Pour une région comme le Nord-Kivu, déjà éprouvée par des défis sécuritaires, cette nouvelle menace sanitaire hypothèque lourdement l’avenir de sa force vive.
Face à cette urgence, les appels à la responsabilité se multiplient. La société civile lance un double message : aux jeunes, elle recommande une abstinence totale face à ces produits dont la composition est souvent inconnue ; aux commerçants, elle demande de prendre conscience des dangers mortels qu’ils vendent et de cesser immédiatement cette activité. L’appel le plus pressant est toutefois lancé aux autorités. Le renforcement du contrôle aux frontières de la RDC est identifié comme un levier essentiel pour couper l’approvisionnement en ces alcools prohibés. « Nous interpellons la conscience des services étatiques et militaires en charge de la surveillance frontalière », a insisté la société civile, demandant des inspections inopinées dans les lieux de regroupement de jeunes.
Cette préoccupation trouve un écho puissant auprès des autorités morales et religieuses. Début janvier, Monseigneur Melchisedeck Sikuli, évêque du diocèse catholique de Beni-Butembo, avait déjà mis en garde, lors de la messe de nouvel an, contre la prolifération sans contrôle des lieux de production de boissons fortement alcoolisées. Son intervention souligne que la protection de la jeunesse dépasse le cadre purement sanitaire ou sécuritaire ; c’est une responsabilité éthique et collective.
Que faire concrètement pour inverser la tendance et prévenir de nouveaux décès liés aux boissons alcoolisées ? Plusieurs pistes d’action pragmatiques émergent. Premièrement, une campagne de sensibilisation massive et adaptée, utilisant les langues locales et des canaux de proximité comme les radios communautaires, pour expliquer aux jeunes les mécanismes de l’intoxication et ses signes avant-coureurs. Deuxièmement, un encadrement strict et une répression dissuasive des circuits de production et de vente illicites. Enfin, et c’est peut-être le point le plus critique, une synergie d’action entre les douanes, la police, les services de santé et les organisations communautaires pour traquer ces produits dès leur entrée sur le territoire ou dans les quartiers.
L’alerte donnée à Kasindi doit servir de signal pour toute la province du Nord-Kivu et au-delà. La santé et la vie des jeunes Congolais ne sont pas négociables. Il est impératif que tous les acteurs – familles, éducateurs, autorités administratives, militaires et leaders locaux – unissent leurs efforts pour offrir des perspectives alternatives et un environnement protecteur. La vigilance aux frontières doit aussi s’exercer contre ces ennemis invisibles que sont les alcools frelatés, dont le coût humain se mesure déjà en vies perdues.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
