26.2 C
Kinshasa
jeudi, janvier 8, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéSociétéKinshasa : les motos-taxis, révolution du transport ou fléau d'insalubrité ?

Kinshasa : les motos-taxis, révolution du transport ou fléau d’insalubrité ?

Jean, conducteur de moto-taxi à Kinshasa depuis cinq ans, serre son volant en évitant un nid-de-poule sur l’avenue de la Justice. « Chaque jour, c’est la même musique. La police m’arrête pour un casque soi-disant non conforme, pour un feu arrière défaillant… des prétextes. Il faut donner 500 ou 1000 francs pour repartir. Cet argent, on sait tous où il va : directement dans la poche de l’agent. Il ne reste rien pour améliorer nos routes », soupigne-t-il, la lassitude dans la voix. Son témoignage n’est pas isolé. Il illustre une réalité sombre qui ronge la « révolution » des motos-taxis en République Démocratique du Congo.

Depuis leur avènement massif, les bi et tricycles ont indéniablement transformé la mobilité dans la capitale congolaise et à l’intérieur du pays. Ils offrent une solution de transport rapide, flexible et accessible, desservant les artères embouteillées et les ruelles étroites où les bus peinent à passer. Cette armée de deux-roues a créé des milliers d’emplois et répond à une demande cruciale. Pourtant, cette aubaine économique cache un visage bien plus trouble. À quel prix cette révolution urbaine se fait-elle ? La réponse se lit dans le chaos quotidien des embouteillages motos Kinshasa, où le klaxon remplace la civilité, et dans le taux alarmant d’accidents de la route.

Le tableau s’assombrit davantage lorsqu’on observe les pratiques de la police circulation routière RDC. Loin d’être un gardien de l’ordre et de la sécurité, ce corps est souvent perçu comme un prédateur financier par les conducteurs. Les interpellations, fondées sur des infractions parfois inventées, sont devenues un système de racket organisé. L’argent extorqué ne sert ni à l’État ni à améliorer les infrastructures ; il alimente un circuit parallèle qui entretient la corruption. Cette impunité gangrène la confiance des citoyens envers les institutions et perpétue un climat d’arbitraire sur les routes.

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Devant de nombreux postes de police à Kinshasa, un spectacle désolant s’offre aux passants : des montagnes de carcasses de motos-taxis Kinshasa, entassées pêle-mêle, certaines en panne, d’autres complètement hors d’usage. Ces « cimetières de ferraille » en plein air ne se contentent pas d’obstruer les trottoirs et de gêner la circulation. Ils sont devenus le cœur d’une insalubrité Kinshasa indescriptible. Les riverains, confrontés à l’absence de services publics efficaces de collecte des ordures, y voient une décharge providentielle. Plastiques, restes alimentaires et détritus divers viennent s’ajouter aux carcasses rouillées, créant des foyers de pollution et de maladies.

Comment en est-on arrivé là ? L’habitude du désordre et la résignation face à la saleté semblent avoir anesthésié les consciences. Ni la police, propriétaire de facto de ces dépotoirs, ni les habitants alentour ne semblent troublés par cette dégradation environnementale. Cette normalisation de l’insalubrité est un poison lent pour la métropole. Kinshasa, qui lutte déjà avec des problèmes structurels gigantesques dans la gestion des déchets motos-taxis et autres, voit ainsi ses efforts anéantis par ces dépôts sauvages officialisés. La ville étouffe littéralement sous le poids cumulé de ses immondices et de l’incurie administrative.

Les conséquences sont lourdes. Au-delà du risque sanitaire évident – prolifération de moustiques, odeurs nauséabondes, contamination des sols –, cette situation reflète un profond malaise sociétal. Elle symbolise l’abandon des espaces publics et la défaillance des autorités à remplir leurs missions régaliennes de salubrité et de justice. Que font la police de la ville et l’hôtel de ville ? Leur inaction complice laisse pourrir une situation qui pourrait pourtant être résolue par des mesures claires : évacuer et recycler les carcasses, sanctionner sévèrement la corruption au sein de la police, et mettre en place des points de collecte des déchets accessibles à la population.

La question des motos-taxis à Kinshasa dépasse de loin le simple problème de transport. Elle est un miroir grossissant des dysfonctionnements de l’État et de la responsabilité collective. Jusqu’à quand laissera-t-on pourrir ces épaves au coin des rues ? Jusqu’à quand tolérera-t-on que la loi du plus fort, ou du plus corrompu, règne sur les routes ? L’appel est lancé aux autorités compétentes : il est urgent de sortir de l’immobilisme et de prendre des décisions courageuses pour assainir la ville, tant sur le plan physique que moral. L’enjeu est la santé, la dignité et l’avenir de millions de Kinois qui méritent mieux que de vivre entourés de déchets et d’injustice.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 07 Janvier 2026

Crises à l’Est (Bule, Ituri, Haut-Uele), processus de paix RDC-Rwanda en panne, procès du général Yav sous tension, bilan sanitaire 2025 mitigé, et démobilisation d’enfants soldats : voici le tour d’horizon de l’actualité clé du 07 janvier 2026 en RDC, avec un focus sur sécurité, justice et société.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques