Lorsque les Léopards de la RDC entrent en scène, c’est une déflagration sonore qui électrise les âmes. Au cœur de cette tempête d’émotions, une mélodie enivrante fuse, portée par des milliers de voix unies : « Fimbu ». Plus qu’une simple chanson, c’est un hymne viscéral, un cri de ralliement qui transcende le sport pour toucher à l’identité même d’une nation. Derrière ce phénomène musical se cache le « Monstre d’amour », Félix Wazekwa, qui, dans une révélation captivante, nous dévoile les secrets de naissance de ce tube devenu légendaire. Comment une œuvre peut-elle ainsi capturer l’essence collective d’un peuple ?
L’origine de Fimbu, nous confie l’artiste, puise ses racines dans un heureux hasard. Conçue initialement pour une campagne promotionnelle qui n’a jamais vu le jour, la chanson a été sauvée des limbes de la publicité pour renaître sous les traits d’un symbole bien plus puissant. « Le mot ‘Fimbu’, qui signifie le fouet, s’est imposé à moi comme un symbole fort : celui de la discipline et de la correction face à la faute », explique Félix Wazekwa. Cette réinterprétation géniale a transformé un projet commercial avorté en une œuvre d’art à la portée universelle, une alchimie rare où le destin artistique a pris le pas sur la logique marchande.
La véritable étincelle, cependant, est venue du public lui-même. Wazekwa raconte avec une émotion palpable comment, après la sortie du titre en 2015, il a vu son œuvre lui être « rendue » par les supporters congolais. Dans les gradines bouillonnantes du stade des Martyrs et à travers tout le pays, les victoires sportives étaient célébrées au rythme entraînant de Fimbu. « C’est à partir de ces retours du public que j’ai ressenti le besoin d’assumer pleinement ce message », souligne-t-il. C’est cette symbiose entre la création et le vécu collectif qui a donné à la chanson sa dimension d’hymne des Léopards RDC. L’artiste a alors composé une seconde version en 2016, en hommage aux héros du CHAN, scellant ainsi le mariage indéfectible entre le football et la musique.
Mais que représente donc ce « fouet » musical dans l’esprit de son créateur ? Loin d’être un appel à la violence, Fimbu incarne la joie pure de la victoire, le moment de gloire où l’on célèbre un obstacle surmonté. « Soki osakani, Fimbu » : cette phrase-clé, devenue mantra, résume toute la philosophie du titre. Elle est à la fois une mise en garde ludique pour l’adversaire et une affirmation de sa propre force. Félix Wazekwa a magistralement choisi le lingala pour ancrer sa chanson dans le terroir congolais, tout en y insérant le mot « chicote » pour ouvrir la porte aux francophones. Ce mélange linguistique est un coup de génie qui renforce la portée émotionnelle et populaire du texte, permettant à la chanson congolaise de vibrer bien au-delà des frontières.
La preuve de ce succès transcontinental ? L’appropriation de la danse et du rythme par d’autres cultures africaines, notamment par le groupe ivoirien La Team Paiya. Pour Wazekwa, c’est une fierté immense et la reconnaissance ultime de son travail. « Créer une œuvre qui ne reste pas uniquement congolaise, mais qui dépasse les frontières, est une grande satisfaction », avoue-t-il, les yeux brillants d’enthousiasme. La rythmique spécifique de Fimbu, fidèle à l’identité artistique de Wazekwa tout en étant suffisamment contagieuse pour séduire un public global, explique en grande partie cette longévité exceptionnelle.
Aujourd’hui, plus de dix ans après sa création, Fimbu reste un monument incontournable du patrimoine musical congolais. Cette interview musique RDC avec Félix Wazekwa nous rappelle que les plus grands hymnes ne sont pas toujours planifiés ; ils naissent souvent de la rencontre magique entre l’inspiration d’un artiste et le cœur battant d’un peuple. Alors, la prochaine fois que les Léopards marqueront un but et que les stades entonneront à l’unisson ce refrain galvanisant, souvenez-vous : vous ne célébrez pas seulement une victoire sportive, vous vibrez au rythme de l’âme collective de la RDC, portée par le fouet musical d’un visionnaire.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
