L’Accord de Washington, censé marquer un tournant décisif pour la pacification de l’Est de la République Démocratique du Congo, montre déjà des signes d’essoufflement alarmants. Selon le dernier rapport du Baromètre des Accords de Paix en Afrique, plateforme d’experts indépendants, le Rwanda n’a réalisé qu’une fraction infime des obligations qui lui étaient assignées par ce texte. Cette évaluation accord paix Washington, portant sur la période de décembre 2025, dresse un constat sévère : sur les 22 tâches attribuées à Kigali, seules 13 ont connu une exécution partielle, conduisant à un taux de réalisation global de 22,7%. Un score qui soulève une question cruciale : la volonté politique est-elle au rendez-vous pour stabiliser la région des Grands Lacs ?
Signé le 27 juin 2025 sous les auspices de l’administration Trump, l’Accord de Washington RDC Rwanda devait jeter les bases d’une désescalade durable entre les deux nations. Il matérialisait l’engagement des présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous l’impulsion de l’ancien président américain, à résoudre les contentieux qui alimentent les conflits armés. Pourtant, à peine six mois après sa signature, le mécanisme patine. L’analyse détaillée des tâches Rwanda accord Washington révèle que même en ne considérant que les engagements partiellement respectés, le taux de réalisation ne dépasse pas 38,4%. Cette inertie nourrit les tensions sur le terrain et jette une ombre sur l’ensemble du processus de paix Grands Lacs.
Face à cette stagnation, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique a adressé une série de recommandations pressantes au gouvernement rwandais. Il l’exhorte à « mettre en œuvre, sans plus tarder » le plan de désengagement militaire et à fournir des garanties sécuritaires et judiciaires claires aux membres des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) présents en RDC, afin de faciliter leur rapatriement volontaire. Ces garanties doivent également être communiquées de manière transparente aux facilitateurs américain et qatari, ainsi qu’au médiateur de l’Union africaine. L’objectif est de lever les freins psychologiques et politiques qui bloquent le désarmement de ce groupe rebelle, un élément clé de l’accord.
Le rapport va plus loin en demandant à Kigali d’user de son influence incontestable sur la rébellion du M23, militairement appuyée par le Rwanda. Les experts recommandent d’inciter ce mouvement à ne pas entraver les potentielles opérations de la MONUSCO contre les FDLR, à protéger les civils dans les zones sous son contrôle et à faciliter l’accès humanitaire, notamment par la réouverture de l’aéroport de Goma. Ces demandes mettent en lumière le rôle pivot que le Rwanda est censé jouer dans l’apaisement, un rôle dont la matérialisation se fait toujours attendre.
Cette évaluation sévère intervient dans un contexte diplomatique globalement gelé. Le processus de Washington, malgré le poids de son parrain américain, n’a pas réussi à imposer un rythme soutenu d’application. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de mauvaise foi, perpétuant un climat de méfiance réciproque qui mine tout progrès. Parallèlement, les discussions de Doha entre le gouvernement congolais et le M23, pourtant conçues comme un complément essentiel pour traiter les racines du conflit, sont au point mort. La signature d’un accord-cadre récent n’a, pour l’instant, débouché sur aucune avancée concrète sur le terrain.
Conséquence directe de cette paralysie diplomatique : la reprise des violents affrontements dans le Nord-Kivu. Le M23, bénéficiant d’un soutien rwandais constant selon les rapports des Nations Unies, a lancé de nouvelles offensives, contraignant les forces gouvernementales à un statu quo coûteux en vies humaines. Cette dynamique de conflit actif rend chaque jour plus hypothétique la mise en œuvre des accords sur le papier. Comment espérer appliquer des clauses de désengagement ou de rapatriement dans un environnement de guerre ?
Au niveau national congolais, l’impasse se double d’un blocage politique. Le dialogue national, réclamé par de nombreux acteurs pour créer un consensus interne autour de ces initiatives de paix extérieures, tarde à être convoqué. Le président Tshisekedi maintient que cette prérogative lui appartient exclusivement, malgré la publication d’une feuille de route par les confessions religieuses. Cette attente prive le pays d’une plateforme cruciale pour définir une stratégie cohérente et unifiée face aux défis sécuritaires de l’Est.
L’évaluation du Baromètre des Accords de Paix en Afrique agit donc comme un signal d’alarme puissant. Elle démontre que la signature d’un accord, même sous de hauts auspices, n’est qu’un premier pas. Le chemin vers la paix dans les Grands Lacs reste semé d’embûches, nécessitant une volonté d’exécution ferme et continue. Les tâches incombant au Rwanda dans le cadre de l’Accord de Washington sont des tests de crédibilité. Leur faible taux d’exécution, à peine 22,7%, sape non seulement la confiance avec Kinshasa mais aussi la crédibilité de l’ensemble du processus de paix régional piloté par des acteurs internationaux. L’heure est désormais à l’action concrète, sous peine de voir cet énième cadre diplomatique rejoindre la longue liste des tentatives avortées dans cette région meurtrie.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
