Les cris déchirent le silence de la brousse, remplacés par le crépitement sinistre des flammes. Au cœur de la province du Kwilu, un conflit coutumier ancestral vire au drame absolu, plongeant le territoire de Bagata dans l’horreur. Trois vies fauchées, deux par décapitation, et près d’une cinquantaine de maisons réduites en cendres : tel est le bilan provisoire et macabre des violences qui ont ensanglanté les villages de Falwono et Fampie depuis mardi. Derrière ces chiffres glaçants, des familles entières errent, hagardes, devant les décombres fumants de leur vie.
Comment en est-on arrivé là ? Le point de départ de cette flambée de violence trouve sa source dans une rivalité tenace autour du pouvoir traditionnel. Selon les informations recueillies sur place, l’étincelle aurait été l’attaque barbare contre le fils du chef de Fampie, tué et décapité par des habitants du village voisin de Falwono. Une vengeance immédiate et tout aussi brutale s’est abattue en retour, avec deux nouvelles exécutions par décapitation et une vague d’incendies criminels qui a ravagé des habitations. Le conflit coutumier au Kwilu, souvent latent, montre ici son visage le plus sombre et le plus destructeur.
« C’est un conflit qui oppose le chef du village Fampie et le chef du village Falwono », explique Placide Mukwa, président du Cadre de concertation de la société civile du Kwilu. Il lance un cri d’alarme face à l’escalade. « Il aurait été tranché en son temps en faveur de Fampie. Mais les autorités auraient rouvert le dossier et confié le pouvoir à Falwono, ce qui, malheureusement, est contesté. » Cette décision, perçue comme un revirement, aurait ravivé des rancœurs profondes, mettant le feu aux poudres dans une zone où la cohabitation est déjà fragile.
Au-delà du drame immédiat, c’est toute la question de la sécurité dans les zones rurales qui est posée. Placide Mukwa déplore amèrement la faible présence des forces de l’ordre. « Il faut que le renfort soit déployé sur place, insiste-t-il. Parce que nous estimons que le nombre de policiers présents à Manzasay, ainsi que les équipements disponibles, ne suffisent pas pour maîtriser cette situation dans les deux villages. » Cette insécurité chronique à Bagata laisse le champ libre aux règlements de compte et transforme des différends locaux en bains de sang. Les habitants, pris en étau entre des milices communautaires et l’absence de l’État, vivent dans la terreur constante que la violence ne franchisse le seuil de leur maison.
Les images de maisons calcinées à Bagata et le sort des familles déplacées interrogent cruellement notre modèle de résolution des conflits. Quand la justice coutumière et l’État semblent en décalage, que reste-t-il aux populations pour faire entendre leur voix ? La décapitation de Falwono Fampie est le symptôme extrême d’un malaise bien plus profond. Ces violences ne sont-elles pas le signe d’un abandon, d’un territoire laissé à lui-même, où la loi du plus fort devient la seule loi ?
L’incendie des maisons à Bagata est plus qu’un fait divers sordide ; c’est un signal d’alarme urgent pour les autorités provinciales et nationales. Il est impératif de désamorcer cette bombe à retardement sociale. Cela passe par un déploiement sécuritaire robuste pour protéger les civils, mais aussi par un dialogue inclusif et transparent avec tous les acteurs coutumiers. Sans une action ferme et rapide pour apaiser les tensions et offrir des perspectives de justice, le territoire de Bagata risque de s’enfoncer dans un cycle infernal de violences et de représailles. L’enjeu est de taille : préserver le tissu social et éviter que d’autres vies ne partent en fumée dans l’indifférence générale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
