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Goma : la guerre fait chaque jour de nouveaux orphelins, un danger social à venir ?

La voix d’Elie Mukanda se fissure lorsqu’il évoque les visages qu’il croise chaque matin. Dans l’enceinte de l’orphelinat « Lève-toi » à Turunga, au territoire de Nyiragongo, ce sont des dizaines d’histoires brisées par la guerre qui se reconstruisent, lentement, trop lentement. « Ils arrivent ici le regard vide, souvent blessés, toujours traumatisés », confie le directeur. Son constat est un cri d’alarme lancé à l’occasion de la Journée internationale des orphelins de guerre : à Goma, capitale du Nord-Kivu, le nombre d’enfants ayant tout perdu ne cesse de croître, jour après jour, au rythme lugubre des conflits armés qui ravagent l’Est de la République Démocratique du Congo.

Ces orphelins de Goma et du Nord-Kivu sont les victimes collatérales d’une violence qui n’en finit pas. Privés de leurs parents, de leur maison, de leur innocence, ils errent avant de trouver refuge, pour les plus chanceux, dans des structures comme celle d’Elie Mukanda. Pour les autres, c’est la rue qui les attend, avec son lot de dangers et d’exploitation. « Ces enfants, perdant leurs parents à cause de la guerre, se retrouvent dans des structures comme la nôtre ou dans la rue. Sans accompagnement, ils deviendront demain un danger pour la communauté », alerte-t-il avec une gravité qui glace le sang. Son propos dépasse la simple compassion ; c’est une analyse sociale glaçante. Que deviendra une génération entière grandie dans la haine et la précarité ?

La situation dépasse la simple gestion humanitaire. Elle pose une question fondamentale sur l’avenir du pays. Comment bâtir une nation pacifiée quand une partie de sa jeunesse est forgée dans le trauma et le dénuement ? Elie Mukanda y croit pourtant. Il insiste sur la nécessité d’un « soutien permanent » pour « transformer leurs traumatismes en force constructive ». Mais cette alchimie nécessite des moyens que son orphelinat, comme bien d’autres, n’a pas. L’appel est clair : l’État congolais et ses partenaires internationaux doivent s’impliquer de manière beaucoup plus accrue. La prise en charge de ces enfants vulnérables en RDC ne peut reposer uniquement sur le dévouement de quelques bonnes volontés.

Le tableau dressé est celui d’une urgence silencieuse. Les blessures sont autant physiques qu’émotionnelles. Les récits des enfants parlent de fuites paniquées, de bruits d’armes automatiques, de parents tombés sous leurs yeux. La Journée internationale des orphelins de guerre, instituée par l’ONU, cherche justement à mettre en lumière ces tragédies invisibles. Elle est un rappel à la communauté internationale, mais surtout aux autorités nationales, de leur obligation de garantir les droits fondamentaux de ces mineurs. En RDC, cet appel résonne comme une évidence tant les besoins sont criants.

La solution ultime, tous le savent, reste politique. « La fin des hostilités reste la condition sine qua non pour réduire ce fléau », rappelle Elie Mukanda. Tant que les groupes armés continueront de sévir dans les provinces de l’Est, le flux d’orphelins des conflits armés en RDC ne tarira pas. Chaque affrontement, chaque incursion, chaque village incendié produit son lot de nouveaux enfants seuls au monde. L’orphelinat Lève-toi Turunga et ses semblables sont des digues de plus en plus fragiles face à cette marée humaine de détresse.

En cette période de commémoration, il est tentant de se contenter de bons sentiments. Mais les actes concrets manquent. Renforcer les structures d’accueil, former des psychologues pour accompagner les traumatismes profonds, garantir l’accès à l’éducation et aux soins : voilà le programme minimum. Sans cela, l’avertissement du directeur de l’orphelinat risque de se transformer en sinistre prophétie. Une communauté qui ne protège pas ses enfants les plus fragiles prépare-t-elle son propre avenir ? La réponse se construit aujourd’hui, dans la cour de l’orphelinat de Turunga et dans les bureaux des décideurs à Kinshasa. L’enjeu n’est pas seulement humanitaire ; il est la clé de la stabilité future de toute une région.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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