Des montagnes d’ordures qui bloquent les ruelles, des caniveaux transformés en dépotoirs à ciel ouvert, des odeurs nauséabondes qui envahissent les quartiers… À Kinshasa, le quotidien de millions d’habitants est rythmé par une insalubrité chronique qui étouffe la capitale. Dans ce contexte, une lueur d’espoir semble poindre à l’Hôtel de ville où, ce mardi 6 janvier 2026, le gouverneur Daniel Bumba a convié ses troupes et un partenaire de poids pour déclarer la guerre aux déchets. Mais cette nouvelle alliance avec la société libanaise Averda sera-t-elle la solution miracle tant attendue par les Kinois épuisés par des décennies de promesses non tenues ?
La séance de travail, stratégique, avait un objectif clair : poser les bases d’une collaboration concrète entre la province et un expert international de la gestion des déchets. Face à l’échec des approches fragmentaires du passé, l’exécutif provincial semble avoir opté pour une vision plus globale. « Nous ne pouvons plus continuer à gérer l’assainissement à Kinshasa avec des rustines. Il faut une stratégie industrielle, durable et financée », a-t-on pu comprendre entre les lignes des discussions. La présence des régies RASKIN et REGEDEK, souvent pointées du doigt pour leur inefficacité, interroge sur la future répartition des rôles. Leur expertise du terrain est précieuse, mais leur manque de moyens notoire. L’arrivée d’Averda, présent dans quatorze pays africains, signe-t-elle leur mise à l’écart ou une chance de professionnalisation ?
Le représentant d’Averda, M. Nicolas Achkar, a affiché une confiance tranquille, promettant de mettre l’expérience de sa multinationale au service de la capitale congolaise. « Nous sommes prêts à accompagner les autorités », a-t-il déclaré, évoquant une expertise technique éprouvée. Cependant, les Kinois, méfiants après des années de déception, se demandent si ce savoir-faire international saura s’adapter aux réalités complexes de leurs communes. La gestion des déchets à Kinshasa n’est pas qu’une question de camions-bennes ; c’est un écosystème où interviennent des milliers de « bayeurs » (récupérateurs informels), des problèmes d’accès aux quartiers, et une conscience civique souvent mise à mal par la précarité.
Concrètement, les résolutions de la réunion sont immédiates : dès le lendemain, mercredi 7 janvier, Averda entame l’actualisation de ses données sur le terrain. Cette phase préparatoire est cruciale. Elle doit déboucher sur des opérations tangibles « dans les prochaines semaines », selon les termes officiels. Le programme « Kinshasa Ezo Bonga », porté par Daniel Bumba et aligné sur la vision du président Tshisekedi, trouve ici l’un de ses chantiers les plus visibles. L’enjeu est de taille : transformer l’espace urbain pour améliorer radicalement les conditions de vie, la santé publique et l’image de la mégapole.
Pourtant, des questions fondamentales demeurent. Qui financera cette ambitieuse collaboration ? Les finances publiques, souvent exsangues, pourront-elles supporter un contrat avec un géant privé ? La population sera-t-elle associée, ou simplement spectatrice de cette nouvelle intervention d’en haut ? L’insalubrité à Kinshasa est le miroir de profondes inégalités sociales. Nettoyer les artères principales est une chose ; garantir un service régulier de collecte dans les quartiers périphériques, où vivent la majorité des habitants, en est une autre, bien plus complexe et coûteuse.
L’initiative du gouverneur Bumba est indéniablement un signal fort. Elle reconnaît l’urgence et la nécessité de faire appel à des compétences pointues. Mais le vrai test aura lieu dans les ruelles de Matonge, de Kimbanseke ou de Masina. Quand les Kinois verront-ils une différence palpable dans leur environnement quotidien ? La lutte contre l’insalubrité est une bataille de longue haleine qui nécessite bien plus qu’une réunion à l’Hôtel de ville. Elle exige une volonté politique inflexible, des ressources pérennes et, surtout, une adhésion totale des citoyens. L’alliance avec Averda ouvre un nouveau chapitre. Reste à savoir si elle écrira enfin une histoire de succès pour l’assainissement à Kinshasa, ou si elle rejoindra la longue liste des bonnes intentions avortées.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
