« Nous avons peur de sortir de chez nous, on ferme le magasin pour éviter des troubles. Tout peut recommencer à tout moment. » La voix tremblante de ce commerçant du centre-ville de Kolwezi résume l’atmosphère de peur qui étouffe la cité minière du Lualaba. Ce mardi, les stigmates des violentes affrontements Lualaba sont encore palpables dans les rues, transformant le dynamisme habituel en un lourd silence ponctué de traces de chaos.
Des véhicules calcinés et vandalisés jonchent les artères, des magasins ont été pillés, et le bureau de police du quartier Kakifuluwe, dans la commune de Manika, porte les marques d’un saccage systématique. Cette Kolwezi violence n’est pas un simple fait divers ; c’est l’expression brutale d’une colère sociale profonde, née d’un décret perçu comme une condamnation à mort économique. Au cœur du conflit, l’arrêté ministériel du 19 décembre 2025, suspendant toutes les unités de traitement des substances issues de l’exploitation artisanale dans la filière cuivre-cobalt, a mis le feu aux poudres.
Pour des milliers de creuseurs artisanaux RDC, cette décision n’est rien de moins qu’une injustice criante. Elle menace directement leur survie et celle de leurs familles, dans une région où l’économie informelle minière constitue souvent le seul rempart contre la misère. « C’est notre pain quotidien qu’on nous arrache », lance un creuseur sous couvert d’anonymat, craignant les représailles après les nombreuses arrestations. Comment des hommes et des femmes dont la vie dépend du travail artisanal pourraient-ils accepter sans broncher une mesure qui semble les exclure du circuit économique ?
Les autorités locales rapportent un bilan humain lourd : plusieurs blessés graves et de nombreux interpellations. Face à l’escalade, les forces de sécurité ont considérablement renforcé leur présence ce mardi, multipliant les patrouilles et les barrages dans une tentative de rétablir l’ordre. Mais cette démonstration de force suffira-t-elle à apaiser les cœurs ? La tension reste électrique, et la population, prise en étau, vit dans l’angoisse d’une reprise des hostilités.
Les témoignages recueillis auprès des habitants décrivent des scènes de panique indescriptibles dès les premières heures de l’aube, lorsque les creuseurs ont tenté de manifester pacifiquement avant que la situation ne dégénère en affrontements ouverts avec les forces de l’ordre. Cette crise sociale Kolwezi met en lumière la faille béante d’un dialogue absent. L’arrêté mines cuivre-cobalt a été pris, mais sa portée, ses motivations et ses alternatives possibles n’ont visiblement pas été expliquées ni débattues avec les premiers concernés.
Quel avenir pour ces travailleurs de l’ombre, piliers d’une économie parallèle mais vitale ? La suspension des unités de traitement risque de plonger des milliers de foyers dans une précarité encore plus grande, alimentant un cycle de frustration et de violence. La province du Lualaba, poumon minier de la RDC, peut-elle se permettre une telle fracture sociale ? Les enjeux dépassent largement le maintien de l’ordre ; ils touchent à la cohésion nationale et à la paix dans une région stratégique.
La tragédie de ces journées sanglantes appelle à une réflexion urgente. Une communication transparente et une concertation réelle entre les autorités ministérielles, provinciales et les représentants des creuseurs sont-elles encore possibles ? Sans elles, le décret restera perçu comme un diktat, et la colère, actuellement contenue par la force, pourrait resurgir avec une intensité dévastatrice. Kolwezi retient son souffle, et avec elle, toute une filière économique en suspens, dans l’attente d’une issue qui préserve à la fois les ressources nationales et la dignité de ceux qui les extraient de la terre, au péril de leur vie.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
