Le grondement du tonnerre, un éclair aveuglant, puis le chaos. Dimanche 4 janvier, sous une pluie diluvienne qui s’abattait sur le groupement Ikobo, la vie de la famille de Mirungi a basculé dans l’horreur. La foudre s’est invitée dans l’intimité d’un foyer, volant la vie d’un jeune de 18 ans sur le coup et laissant sa sœur de 14 ans, grièvement blessée, se débattre entre la vie et la mort. Un accident de foudre au Nord-Kivu qui n’est malheureusement pas un cas isolé, mais qui pointe du doigt la vulnérabilité alarmante des communautés rurales face aux caprices du ciel.
Les sources administratives locales, le visage fermé par l’habitude du malheur, ont confirmé les faits. Alors que l’orage faisait rage dans la soirée, la décharge électrique a frappé la maison familiale. L’adolescent n’a pas survécu. Pour sa jeune sœur, le cauchemar a pris la forme de brûlures et de traumatismes nécessitant une évacuation d’urgence vers la structure sanitaire de Buleusa. La maison, quant à elle, n’est plus qu’un amas de cendres et de tôles tordues. Tous les biens de la famille, fruits d’un labeur souvent acharné, ont été réduits à néant en quelques secondes. La foudre à Walikale ne se contente pas de frapper, elle anéantit.
Comment une famille peut-elle se relever d’un tel coup du sort ? La question hante les voisins et les proches, impuissants. Cet accident de foudre au Congo met en lumière une précarité extrême. L’habitat, souvent constitué de matériaux rudimentaires, offre une protection dérisoire contre les éléments. L’absence de systèmes de paratonnerres ou même de consignes de sécurité élémentaires durant les orages transforme chaque intempérie en potentielle loterie mortelle. À Mirungi, comme dans de nombreux villages reculés, la nature est à la fois pourvoyeuse et menace constante.
Le plus glaçant dans cette affaire, c’est que le destin semble se répéter. L’année dernière, le territoire de Walikale a enregistré plus de cinq cas similaires, causant la mort d’hommes et laissant des blessés dans son sillage. Chaque victime de foudre en RDC est une tragédie individuelle, mais leur accumulation dessine le contour d’un problème collectif et systémique. Les intempéries à Mirungi et ailleurs sont-elles une fatalité contre laquelle on ne peut rien, ou le signe d’un abandon des zones rurales par les autorités ? L’absence de campagne de sensibilisation et de mesures de prévention adaptées au contexte local laisse les populations démunies.
Derrière chaque statistique, il y a un visage, une histoire brisée. La fillette de 14 ans qui lutte pour sa vie à Buleusa incarne cette double peine : survivre à un traumatisme physique immense, puis devoir affronter un avenir sans toit et, pour certains membres, sans famille. La solidarité villageoise se mobilise, comme toujours, mais elle a ses limites face à l’ampleur des dégâts matériels et psychologiques.
Ce drame pose une question fondamentale sur la sécurité des citoyens les plus isolés. La répétition de ces événements climatiques extrêmes, souvent qualifiés d’« actes de Dieu », ne doit pas servir d’excuse à l’inaction. Investir dans des systèmes d’alerte météo communautaires, vulgariser des techniques de construction moins vulnérables, ou simplement éduquer aux gestes qui sauvent pendant un orage, sont des pistes concrètes. La mort par foudre au Congo ne doit pas devenir une banale actualité saisonnière.
Alors que la famille endeuillée de Mirungi tente de donner un sens à l’insensé, toute la communauté du groupement Ikobo retient son souffle. La prochaine tempête, quand viendra-t-elle ? Et qui sera sa prochaine victime de foudre en RDC ? La réponse, aujourd’hui, semble trop souvent écrite dans les nuages sombres qui s’amoncellent sur le territoire de Walikale. Il est urgent que les éclairs de la prise de conscience politique frappent avec la même puissance que ceux du ciel, pour enfin protéger les populations de cette menace récurrente.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
