« J’ai failli abandonner mon voyage, épuisé par ces demandes incessantes. Ils nous traitent comme des portefeuilles sur pattes. » La voix empreinte de lassitude de ce fonctionnaire de la Tshopo résume le calvaire vécu par des milliers de voyageurs empruntant la route nationale 25 entre Kisangani et Isiro. Un trajet qui, théoriquement, devrait s’effectuer en deux jours, se transforme en une odyssée éreintante de quatre jours, voire plus, ponctuée d’arrêts forcés à une multitude de barrières illégales.
Ces points de contrôle, implantés en série par la Direction Générale de Migration (DGM) et certains éléments des Forces Armées de la RDC (FARDC), n’ont de contrôle que le nom. Ils sont devenus des péages abusifs qui rançonnent systématiquement la population. « C’est simple, à chaque barrière, il faut payer. Si vous refusez ou si vous n’avez plus d’argent, vous restez là. Ils vous brutalisent parfois, et vous empêchent de poursuivre », témoigne un autre voyageur, encore sous le choc de son dernier périple. Une véritable escroquerie sur la route nationale 25 s’est institutionnalisée, faisant de ce corridor vital un chemin de croix financier et psychologique.
Mais au-delà des récits individuels, quel est l’impact collectif de ces tracasseries policières dans la Tshopo et au-delà ? La réalité est sociale et économique. Ces pratiques entravent la libre circulation, un droit constitutionnel, et étranglent l’économie locale. Les agences de transport, obligées de composer avec cette taxe informelle, voient leurs coûts exploser et leurs délais allongés démesurément. Le prix du voyage pour le citoyen lambda, lui, devient prohibitif. Comment développer les échanges commerciaux entre Kisangani et Isiro lorsque le trajet est semé d’embûches financières ? Comment les familles peuvent-elles se déplacer pour des urgences ou des événements importants face à un tel harcèlement ?
Le témoignage est glaçant : « Nous avons dormi sur la route, à même le sol, près des véhicules, parce que nous étions bloqués à un poste en pleine nuit, faute d’avoir pu satisfaire une demande de paiement supplémentaire. » Cette situation expose les voyageurs à des risques sécuritaires accrus, dans des régions pourtant décrites comme relativement calmes. Le sentiment d’insécurité et d’impunité totale qui règne autour de ces barrières mine la confiance des populations envers leurs propres institutions. Les abus de la DGM et des FARDC sur cet axe créent un profond sentiment d’injustice. Où va l’argent prélevé ? Qui supervise ces agents ? Pourquoi cette pratique systémique perdure-t-elle en toute impunité ?
L’appel lancé par les voyageurs aux autorités provinciales et nationales est un cri du cœur. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer des actes de corruption isolés, mais de démanteler un système organisé de prédation qui cible les civils. La suppression de ces barrières illégales n’est pas une faveur, c’est une obligation de l’État de droit. L’enjeu dépasse la simple fluidité du trafic. Il touche à la dignité des citoyens congolais, à la crédibilité des forces de l’ordre et à l’intégrité économique des provinces du nord-est du pays. Tant que ce chemin sera pavé de rançons, le développement de la Tshopo et du Haut-Uele restera un voyage vers Kisangani et Isiro semé d’embûches, un périple où l’État, censé protéger, se transforme en principal obstacle.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
