Dans un contexte de dégradation sécuritaire accrue dans les provinces du Kivu, le président Félix Tshisekedi a effectué lundi une visite éclair à Luanda pour un entretien avec son homologue angolais, João Lourenço. Ce dernier, portant également le chapeau de président en exercice de l’Union africaine, aurait soumis au chef de l’État congolais des propositions jugées « très intéressantes » pour la recherche de la paix. Mais ces discussions diplomatiques, aussi prometteuses soient-elles, peuvent-elles réellement infléchir la dynamique guerrière sur le terrain, où la rébellion de l’AFC/M23 continue d’avancer ?
Félix Tshisekedi a insisté, au sortir de l’entrevue, sur le caractère imposé de cette guerre. Cette déclaration, teintée d’une certaine amertume, semble refléter la frustration de Kinshasa face à une crise dont les racines dépassent les frontières nationales. La rencontre de Luanda s’inscrit dans une séquence diplomatique frénétique, initiée au lendemain de la signature des accords de Washington en présence de Donald Trump. Une signature qui, loin d’apaiser les tensions, a paradoxalement été suivie d’une intensification des hostilités et de la prise de la ville stratégique d’Uvira par les rebelles. Le président joue donc gros en multipliant les consultations, sachant que l’échec de ces initiatives pourrait durablement fragiliser sa crédibilité sur la scène internationale.
La stratégie de Kinshasa apparaît clairement : internationaliser le dossier pour contraindre Kigali à lâcher du lest. L’envoi de l’ambassadeur itinérant Antoine Ghonda Mangalibi à Brazzaville, auprès du doyen Denis Sassou Nguesso, en est une illustration. Ce dernier a dénoncé avec vigueur la violation des engagements par le Rwanda et l’AFC/M23. Cependant, la communauté internationale, notamment Washington, semble naviguer à vue. Après avoir appelé au retrait des forces rebelles à 75 kilomètres d’Uvira, elle observe désormais un prétendu retrait unilatéral annoncé par l’AFC/M23, accueilli avec un scepticisme marqué par les autorités congolaises. Cette défiance est compréhensible : la sécurité dans l’est de la RDC est un dossier où les annonces et les réalités sur le terrain entretiennent souvent un divorce profond.
La prise d’Uvira, verrou ouvrant les portes du Grand Katanga, a constitué un tournant stratégique. Elle a non seulement renforcé l’influence de la rébellion mais aussi provoqué un exode massif de populations vers le Burundi, aggravant une crise humanitaire déjà chronique. Dans ce tableau sombre, la réunion ministérielle régionale prévue à Livingstone, en Zambie, du 8 au 10 janvier, sous l’égide de la CIRGL, représente le prochain test pour la diplomatie congolaise. Douze ministres de la Défense y sont attendus. Cette rencontre sera-t-elle l’occasion de transformer les « propositions intéressantes » de Luanda en un plan d’action concret et contraignant ?
L’équation reste complexe. D’un côté, Félix Tshisekedi cherche à mobiliser tous les leviers régionaux et continentaux, avec l’Angola comme pivot potentiel. De l’autre, l’AFC/M23, appuyée selon toutes les vraisemblances par Kigali, semble déterminée à conserver ses gains territoriaux. La crédibilité du processus de paix passe désormais par une pression accrue et coordonnée sur le Rwanda. La balle est donc également dans le camp des partenaires internationaux, dont les États-Unis, qui doivent passer de l’incantation à l’action coercitive si ils souhaitent éviter un nouvel embrasement régional. La sécurité dans l’est de la RDC n’est plus seulement une affaire congolaise ; c’est un baromètre de la capacité de l’Afrique à résoudre ses conflits.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
