À Kinshasa, le quartier Tshibanda, dans la commune de Mont-Ngafula, retient son souffle. Le site Cojelos, une localité pourtant paisible, est littéralement grignoté, jour après jour, par des têtes d’érosion aussi nombreuses qu’impitoyables. Un véritable cauchemar géologique qui avance à grands pas, menaçant d’engloutir des habitations et de déplacer des familles entières. Face à cette urgence, le gouvernement a enfin décidé de passer à l’action. Mais est-ce assez pour dompter une nature déchaînée par les bouleversements climatiques et l’absence d’infrastructures ?
Mi-novembre, des pluies diluviennes se sont abattues sur la capitale congolaise, ouvrant des plaies béantes dans le sol du quartier Plateau et de Tshibanda. Ces ravinements spectaculaires ont sonné l’alarme, provoquant une réaction immédiate des autorités. Une descente sur le terrain des ministres John Banza (Infrastructures et Travaux Publics) et Marie-Thérèse Sombo (Enseignement Supérieur et Universitaire) a scellé le destin du projet. Le constat était sans appel : Cojelos, l’un des coins les moins peuplés de Kinshasa, situé non loin du plateau des professeurs, suffoque sous les eaux de ruissellement. L’inexistence criante de caniveaux et de collecteurs transforme chaque averse en véritable déluge, creusant inexorablement la terre.
Le ministère des Infrastructures et Travaux Publics (ITP) a donc lancé, début décembre, un projet pharaonique de travaux anti-érosifs. Un budget de plus de 5,3 millions de dollars américains, financé par le trésor public, a été débloqué pour cette bataille contre les éléments. L’entreprise Colosse Construction SARL a été choisie pour exécuter ce chantier titanesque, qui s’étalera sur 24 mois, plus 30 jours de mobilisation. Un panneau érigé à une trentaine de mètres du terrain Mbiti détaille l’ampleur des travaux à venir : ouverture de voies d’accès, construction de caniveaux et de collecteurs, réalisation de murs de para-fouille et d’ouvrages de dissipation, remblayage et stabilisation des fonds de ravins.
Derrière ces termes techniques se cache une course contre la montre. Les travaux anti-érosifs à Mont-Ngafula représentent bien plus qu’un simple chantier. Ils incarnent l’espoir de centaines d’habitants qui voient leur cadre de vie se désagréger à chaque saison des pluies. Le projet de lutte contre l’érosion en RDC mené par le ministère des Infrastructures et Travaux Publics doit faire face à un défi de taille : réparer les erreurs du passé tout en anticipant un futur incertain, marqué par l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes.
La structure de gestion du projet est clairement définie. Le maître d’ouvrage est le ministère des ITP, tandis que l’Office des Voiries et Drainage (OVD) endosse le rôle de maître d’œuvre. Le contrôle technique des travaux sera assuré par un bureau spécialisé, et la surveillance quotidienne incombera à l’OVD. Une organisation rigoureuse qui vise à garantir l’efficacité et la pérennité des aménagements. Car l’enjeu est de taille : stabiliser définitivement le ravin Tshibanda et ses alentours pour mettre un terme à cette hémorragie terrestre.
Mais comment en est-on arrivé là ? L’érosion à Cojelos, Kinshasa, n’est pas une fatalité. Elle est le fruit d’une urbanisation souvent non maîtrisée, du déboisement et d’un cruel déficit en infrastructures d’assainissement des eaux pluviales. Les sols, mis à nu et lessivés, n’offrent plus aucune résistance. Chaque goutte de pluie creuse son sillon, agrandissant des failles qui deviennent rapidement des gouffres. La situation actuelle est un avertissement sévère adressé à toute la mégapole, rappelant la vulnérabilité de nombreux quartiers périphériques.
Les travaux engagés sont-ils la solution miracle ? Ils constituent sans conteste une étape nécessaire et attendue. La construction de caniveaux et de collecteurs permettra de canaliser les eaux, de les diriger loin des zones habitées et de réduire leur pouvoir destructeur. Les murs de soutènement et les ouvrages de dissipation tenteront de freiner l’énergie torrentielle des ruissellements. Cependant, la réussite à long terme de ce projet de lutte contre l’érosion dépendra aussi d’une prise de conscience collective et de changements de comportements. La protection des sols, la gestion des déchets et la planification urbaine durable doivent devenir des priorités absolues.
Alors que les engins de chantier s’apprêtent à entrer en action, les habitants de Cojelos vivent entre espoir et inquiétude. L’espoir de retrouver une sécurité perdue, de voir leur quartier stabilisé. L’inquiétude de devoir patienter deux longues années sous la menace constante des glissements de terrain. Le chantier qui s’ouvre est un test crucial pour les autorités congolaises. Il démontrera leur capacité à répondre concrètement aux urgences environnementales qui frappent les populations les plus exposées. La terre de Tshibanda attend, fissurée et meurtrie, que l’homme répare ce qu’il a, en partie, contribué à briser. Le compte à rebours est lancé.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
