Le retour de Paulin Lendongolia à la tête de la Tshopo, scellé par un arrêt de la Cour constitutionnelle RDC, ouvre-t-il une ère de réconciliation ou consacre-t-il simplement la victoire d’un homme sur un système politique local fracturé ? Le gouverneur Tshopo a effectué son retour Kisangani ce dimanche 4 janvier, mettant fin à deux mois d’une absence qui avait laissé la province en suspens. Réhabilité par la plus haute instance judiciaire du pays, le gouverneur débarque avec un discours d’apaisement, mais sur un terrain miné par les luttes intestines qui avaient précipité sa chute. Son retour, s’il clôt un chapitre procédural, en ouvre un autre, autrement plus périlleux : celui de la reconstruction d’une légitimité érodée et d’une unité provinciale en lambeaux.
La saga politique qui a conduit à ce retour est édifiante. En octobre dernier, une motion de défiance Tshopo, adoptée par une majorité de députés provinciaux, avait abouti à la destitution de Paulin Lendongolia pour des accusations de détournement de deniers publics. Le geste était fort, illustrant la défiance d’une assemblée envers son exécutif. Pourtant, le recours du gouverneur devant la Cour constitutionnelle RDC a inversé la donne. L’arrêt du 26 novembre, en réhabilitant Lendongolia, a fait prévaloir la légalité constitutionnelle sur la volonté politique locale. La décision, incontestable sur le plan juridique, pose néanmoins une question politique fondamentale : une institution centrale peut-elle imposer la paix dans une province où les rancœurs sont vivaces ? Le gouverneur revient avec le sceau de la légalité, mais le verdict des cœurs et des esprits à Kisangani reste à obtenir.
Dès ses premiers pas sur le tarmac de l’aéroport Bangoka, le discours de Paulin Lendongolia a été habilement calibré pour conjurer les divisions. « Nous sommes une province trop exposée. Il est temps de nous unir, de coaliser nos forces et de regarder dans la même direction », a-t-il lancé, appelant à une trêve politique. L’invitation à œuvrer pour le bien de la province, adressée aux ministres, députés et membres de l’exécutif, sonne comme un aveu implicite des dégâts causés. « La bataille que nous avons menée ne nous a rien apporté. Elle n’a fait que diviser nos communautés », a-t-il reconnu. Cette rhétorique de l’unité, si elle est de mise, peut-elle suffire à colmater les brèches ? Le gouverneur joue un rôle périlleux : celui du rassembleur contraint, dont l’autorité a été publiquement mise à mal par ceux-là mêmes qu’il doit maintenant convaincre de collaborer.
L’analyse des implications politiques de ce retour Kisangani révèle une situation complexe. D’un côté, la Cour constitutionnelle RDC a réaffirmé son rôle d’arbitre ultime, garantissant les droits d’un élu contesté. De l’autre, elle a peut-être involontairement gelé un conflit plutôt que de le résoudre. La motion de défiance Tshopo était l’expression d’un dysfonctionnement profond au sein de l’exécutif provincial. En l’annulant, la haute juridiction renvoie les acteurs locaux à leurs responsabilités, sans pour autant leur fournir les clés d’une réconciliation sincère. Le gouverneur Tshopo retrouve son fauteuil, mais celui-ci est désormais entouré d’une majorité parlementaire qui l’a rejeté. Comment gouverner efficacement dans un tel climat de défiance latente ? La collaboration exigée par Lendongolia ressemble à un vœu pieux tant que les griefs à l’origine de sa chute n’auront pas été adressés de manière transparente.
Les prochains mois seront donc déterminants pour la stabilité de la Tshopo. La stratégie de Paulin Lendongolia consistera-t-elle en un simple retour au statu quo ante, ou saisira-t-il cette seconde chance pour impulser une gouvernance plus inclusive et apaisée ? L’appel à « faire un pas en arrière » et à « se ressaisir » laisse entrevoir une prise de conscience des impasses du conflit. Cependant, l’épreuve du réel se jouera dans la capacité de l’exécutif à travailler avec une assemblée qui l’a désavoué, et à répondre aux attentes des populations, premières victimes de ces turbulences politiques. La crédibilité du gouverneur Tshopo ne se mesurera plus à son habileté procédurale devant la Cour constitutionnelle RDC, mais à ses réalisations concrètes sur le terrain économique et social de la province.
En définitive, le retour Kisangani de Paulin Lendongolia marque moins la fin d’une crise que son entrée dans une phase nouvelle, plus subtile mais tout aussi dangereuse. La légitimité conférée par l’arrêt constitutionnel est un atout, mais elle reste une légitimité de papier face aux réalités du terrain politique. La motion de défiance Tshopo a exposé au grand jour les fractures locales ; sa neutralisation juridique ne les a pas fait disparaître. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif provincial. Saura-t-il transformer ce sursis institutionnel en une véritable dynamique de consolidation de l’État provincial, ou les vieux démons de la division reprendront-ils le dessus, hypothéquant l’avenir de la Tshopo ? L’histoire jugera, mais le temps presse pour un territoire qui ne peut plus se permettre de perdre du temps dans des guerres de chapelle.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
